Noé était un enfant de charité, mais non du dépôt de mendicité; il n'était pas enfant trouvé, car il pouvait faire remonter sa généalogie jusqu'à son père et à sa mère, qui demeuraient près de là; sa mère était blanchisseuse; son père, ancien soldat, ivrogne et retiré du service avec une jambe de bois et une pension de deux pence et demi par jour. Les garçons de boutique du voisinage avaient eu longtemps l'habitude d'apostropher Noé dans les rues par les surnoms les plus injurieux, et il avait souffert sans mot dire. Mais maintenant que la fortune avait jeté sur son chemin un pauvre orphelin sans nom, que l'être le plus vil pouvait montrer du doigt avec mépris, il se vengeait sur lui avec usure. C'est là un intéressant sujet de réflexion. Nous voyons sous quel beau côté se montre parfois la nature humaine, et avec quelle similitude les mêmes qualités aimables se développent chez le plus noble gentilhomme et chez le plus sale enfant de charité.

Il y avait trois semaines ou un mois qu'Olivier demeurait chez l'entrepreneur de pompes funèbres, et M. et Mme Sowerberry, après avoir fermé la boutique, soupaient dans la petite arrière- boutique, quand M. Sowerberry, après avoir considéré sa femme à plusieurs reprises de l'air le plus respectueux, entama la conversation.

«Ma chère amie…»

Il allait continuer, mais Mme Sowerberry leva les yeux d'une façon si revêche qu'il s'arrêta court.

«Eh bien, quoi? dit Mme Sowerberry avec humeur.

- Rien, chère amie, rien du tout, dit M. Sowerberry.

- Hein? niais que vous êtes, dit Mme Sowerberry.

- Du tout, ma chère, dit humblement M. Sowerberry; je pensais que vous ne vouliez pas m'écouter; je voulais dire seulement…

- Oh! gardez pour vous ce que vous aviez à dire, interrompit Mme Sowerberry; je suis comptée pour rien; ne me consultez pas, entendez-vous? Je ne veux pas me mêler de vos secrets.»

À ces mots, elle poussa un éclat de rire affecté qui faisait craindre des suites violentes.