- Aux Trois Boiteux, répéta Noé; très jolie enseigne, ma foi!
Allons, maintenant, suis mes talons de près, et entrons.»

Après avoir donné ces ordres, il poussa de son épaule la porte criarde, et entra suivi de Charlotte.

Il n'y avait au comptoir qu'un petit juif, qui, appuyé sur ses deux coudes, était en train de lire un sale journal. Il regarda Noé fixement; celui-ci en fit autant.

Si Noé avait porté son vêtement de garçon de charité, les grands yeux que lui faisait le juif auraient eu un motif; mais non: il avait laissé de côté l'habit et la plaque; il portait une blouse: il n'y avait donc pas de raison apparente pour éveiller ainsi l'attention dans une taverne.

«Est-ce ici les Trois Boiteux? demanda Noé.

- Oui, c'est l'enseigne de la maison, répliqua le juif.

- Nous avons rencontré sur le chemin en venant de la campagne quelqu'un qui nous a recommandé cet endroit-ci,» dit Noé, et il fit signe de l'oeil à Charlotte, peut-être autant pour lui faire remarquer la ruse adroite dont il était inventeur, que pour l'avertir d'écouter tout ça sans montrer de surprise. «Nous désirons passer la nuit ici.

- Je ne suis pas bien sûr que ça se buisse, dit Barney, qui était garçon dans cette maison. Je vais le debander.

- Eh bien! en attendant, dites-nous toujours où est la salle, et servez-nous un morceau de viande froide avec un verre de bière, hein!»

Barney les introduisit dans une petite salle sur le derrière, et leur servit la viande demandée; puis, étant venu leur dire qu'on pouvait les loger cette nuit, il laissa déjeuner l'aimable couple en tête-à-tête.