Lorsqu'ils eurent échangé une foule de bonsoirs et de compliments, M. Fagin s'en alla. Noé Claypole, réclamant l'attention de sa femme, lui expliqua les arrangements qu'il avait pris, d'un air de hauteur et de supériorité qui convenait non seulement au sexe fort, mais encore au gentleman fier du rôle important que lui attribuait sa nouvelle dignité, en lui donnant pour fonctions spéciales de flanquer les crapauds par terre dans la ville de Londres et la banlieue.
CHAPITRE XLIII.
Où l'on voit le fin Matois dans une mauvaise passe.
«Ainsi, c'était vous qui étiez votre ami, n'est-ce pas? dit Claypole, autrement Bolter, quand en vertu du traité passé entre eux, il se fut rendu le lendemain à la maison du juif. Par Dieu! je m'en étais bien douté hier soir!
- Tout homme est son propre ami, mon cher, dit Fagin, de son regard le plus insinuant. On n'en a jamais de meilleur que soi- même!
- Excepté quelquefois pourtant, répliqua Maurice Bolter, prenant des airs d'homme du monde, il y a des gens qui n'ont pas de plus grands ennemis qu'eux-mêmes, vous savez.
- Ne croyez pas ça, dit le juif. Quand un homme est son ennemi, c'est parce qu'il est beaucoup trop son ami. Ce n'est pas parce qu'il s'occupe plus des autres que de lui-même. Plus souvent! ça ne se voit pas dans ce monde!
- Si ça est, ça ne devrait pas être, toujours, dit Bolter.
- Cela tombe sous le sens, reprit le juif. Quelques sorciers prétendent que trois est le nombre cabalistique, d'autres opinent pour le nombre sept. Ce n'est ni l'un, ni l'autre, mon cher, c'est le nombre un.
- Ah! ah! cria Bolter, vive le numéro un!
- Dans une petite république comme la nôtre, mon cher, dit le juif qui jugeait nécessaire de lui donner les explications au préalable, nous avons un numéro un qui s'applique à tout le monde, c'est-à-dire que vous ne pouvez vous regarder comme numéro un, sans me regarder de même et sans en faire autant pour le reste de notre jeunesse.