- Vous n'avez sans doute pas l'idée d'y aller, vous? dit Charlot en lui lançant un coup d'oeil malin.

- Ça ne ferait pas du tout l'affaire! répondit Fagin en secouant la tête.

- Eh bien! alors, pourquoi n'envoyez-vous pas ce conscrit? demanda Bates en mettant la main sur l'épaule de Noé. Personne ne le connaît, lui.

- Au fait, s'il le veut bien…, dit le juif.

- S'il le veut bien? interrompit Charlot. Pourquoi ne le voudrait- il pas?

- Je ne sais pas, dit Fagin en se tournant vers Bolter; je ne sais réellement pas…

- Ah! c'est-à-dire que vous le savez bien, répliqua Noé en reculant vers la porte et remuant la tête d'un air inquiet. Non, non, pas de ça! ce n'est pas de mon département, ça; vous le savez bien!

- Quel département qu'il a donc pris, Fagin? demanda Bates en toisant le corps efflanqué de Noé des pieds à la tête d'un air de profond dédain. Il est chargé, sans doute, de filer, quand les choses tournent mal, et de gober sa bonne part des régalades, quand ça va bien. C'est-y ça sa partie?

- Ça ne vous regarde pas, répliqua Bolter. Ne prenez pas de ces libertés-là avec vos supérieurs, moutard, ou il pourrait vous en cuire!»

Maître Bates partit d'un tel éclat de rire à cette terrible menace, que Fagin fut obligé d'attendre quelque temps avant de pouvoir s'interposer et représenter à Bolter qu'il n'y avait pas le moindre danger à visiter le bureau de police, d'autant plus que sa petite affaire n'était pas connue, et qu'on n'avait pas encore son signalement. Du diable si on irait s'imaginer qu'il fût allé là chercher un asile! En prenant un déguisement convenable, il serait aussi en sûreté dans le bureau de police que partout ailleurs, puisque, de tous les endroits de la ville, celui-ci serait le dernier où on pût supposer qu'il allât de son plein gré.