- Elle a fait quelques nouvelles connaissances, mon cher, et il faut que je sois au courant, répondit le juif.
- Compris, dit Noé; c'est tout bonnement pour avoir le plaisir de faire aussi leur connaissance, si ce sont des gens respectables, hein? Ha! ha! ha! Je suis votre homme.
- J'en étais sûr, dit Fagin enhardi par le succès de sa proposition.
- Sans doute, sans doute, reprit Noé. Où est-elle? où faut-il l'attendre? quand faut-il me mettre en campagne?
- Quant à cela, mon cher, je vous tiendrai au courant; je vous la ferai voir quand il en sera temps, dit Fagin. Tenez-vous prêt et laissez-moi faire.»
Ce soir-là et le lendemain et le surlendemain, l'espion resta botté et accoutré de son costume de charretier, prêt à sortir au premier mot de Fagin. Six soirées se passèrent ainsi, six longues et mortelles soirées, et chaque soir Fagin rentra avec un air désappointé, et déclara sèchement que le moment n'était pas venu. Le septième jour, il rentra plus tôt qu'à l'ordinaire, et si content qu'il ne put dissimuler sa satisfaction; c'était le dimanche.
«Elle sort ce soir, dit Fagin, et pour l'affaire en question j'en suis sûr, car elle est restée seule toute la journée, et l'homme dont elle a peur ne rentrera guère avant le jour. Venez avec moi; vite.»
Noé fut debout en un clin d'oeil sans dire un mot, car l'activité du juif l'avait gagné. Ils sortirent sans bruit de la maison, franchirent rapidement un dédale de rues et arrivèrent enfin à la porte d'une taverne que Noé reconnut pour être celle où il avait couché le soir de son arrivée à Londres.
Il était onze heures passées et la porte était fermée; le juif siffla légèrement et elle roula doucement sur ses gonds; ils entrèrent sans bruit et la porte se referma derrière eux.
Fagin et le jeune juif qui leur avait ouvert, osant à peine murmurer une parole, montrèrent du doigt à Noé une petite lucarne et lui firent signe de grimper jusque-là et d'observer la personne qui se trouvait dans la pièce voisine.