J'arrive maintenant à un fait très important dans l'histoire d'Olivier; j'ai à parler d'une action qui peut d'abord paraître presque indifférente, mais qui modifia et changea complètement son avenir.

Olivier et Noé étaient un jour descendus à la cuisine, à l'heure habituelle du dîner, pour se régaler d'un petit morceau de mouton; une livre et demie de la viande la plus commune. Mais Charlotte était sortie, et, pendant son absence, le sieur Noé Claypole, affamé et vicieux, crut qu'il ne pouvait mieux passer le temps qu'à tourmenter et molester le petit Olivier Twist.

Pour se donner cette innocente distraction, Noé mit les pieds sur la nappe, tira les cheveux d'Olivier, lui pinça les oreilles, et lui déclara qu'il n'était qu'un «capon» Il annonça le projet d'aller le voir pendre un jour; enfin il n'y eut pas de malices qu'il ne se permît, comme un méchant enfant de charité qu'il était. Mais, comme rien de tout cela ne faisait pleurer Olivier, Noé essaya d'un moyen plus ingénieux; il fit ce que beaucoup de petits esprits, bien plus célèbres que Noé, font journellement pour être spirituels: il eut recours aux personnalités.

«Petit bâtard! dit Noé; comment se porte ta mère?

- Elle est morte, répondit Olivier. Ne m'en parlez pas, je vous prie.»

L'enfant rougit en disant ces mots. Sa respiration était précipitée, et, à voir la contraction de ses lèvres et de ses narines, M. Claypole crut qu'il allait fondre en larmes; aussi revint-il à la charge.

«De quoi est-elle morte, ta mère? dit Noé.

- De désespoir, à ce qu'on m'a dit, répondit Olivier, comme s'il se parlait à lui-même; et je crois que je comprends ce que c'est que de mourir ainsi!

- Tra déri déra, petit bâtard! dit Noé en voyant une larme couler sur la joue de l'enfant; qu'est-ce qui te fait pleurnicher à présent?

- Ce n'est pas vous, répondit Olivier en essuyant vite la larme qui mouillait sa joue; ne croyez pas que ce soit vous.