Le Matois ne répondit pas, mais remit son chapeau, releva sous ses bras les longues basques de son habit, se gonfla la joue avec la langue, se pinça le bout du nez à plusieurs reprises, puis tournant les talons, s'élança dans la cour. Maître Bates le suivit d'un air pensif. Quelques instants après cette conversation, le facétieux vieillard prêtait l'oreille en entendant le bruit de leurs pas dans le vieil escalier. Il était assis près du feu en face d'un pot d'étain, tenant d'une main un cervelas et un petit pain, de l'autre un couteau. Un affreux sourire passa sur son visage blême, quand il se retourna pour écouter, penchant l'oreille vers la porte, et roulant ses yeux farouches sous ses sourcils roux.
«Qu'est-ce que c'est? dit-il en changeant de visage. Ils ne sont que deux! leur serait-il arrivé quelque chose? Attention!»
Les pas se rapprochèrent et se firent bientôt entendre sur le palier. La porte s'ouvrit lentement; le Matois et Charlot Bates entrèrent et la fermèrent derrière eux.
CHAPITRE XIII. Présentation faite au lecteur intelligent de quelques nouvelles connaissances qui ne sont pas étrangères à certaines particularités intéressantes de cette histoire.
«Où est Olivier? dit le juif avec fureur, en se levant d'un air menaçant; qu'est-il devenu?»
Les jeunes filous regardèrent leur maître avec un sentiment de crainte, puis se regardèrent l'un l'autre avec embarras, et ne répondirent pas.
«Qu'est devenu Olivier? dit le juif en prenant le Matois au collet et en le menaçant avec d'affreuses imprécations. Parle, ou je t'étrangle.»
Fagin disait cela d'un ton si sérieux, que Charlot Bates, qui en tout cas jugeait prudent de se mettre à l'abri, et qui ne voyait rien d'impossible à ce que le juif l'étranglât ensuite à son tour, tomba à genoux, et poussa un cri perçant et prolongé qui tenait du mugissement d'un taureau furieux et des accents d'une trompette marine.
«Parleras-tu? dit le juif d'une voix de tonnerre, en secouant le Matois d'une telle force, que c'était merveille que l'habit ne lui restât pas dans les mains.
- Il est tombé dans la souricière et voilà tout, dit le Matois d'un air maussade. Ah ça! allez-vous me laisser tranquille?»