«Ce n'est pas au moins le garçon qui a eu la fièvre, j'espère? dit M. Grimwig en reculant encore. Un instant! ajouta-t-il brusquement, oubliant, dans la joie de sa découverte, sa crainte de gagner la fièvre: je parie que c'est ce garçon qui a pelé une orange et qui a jeté la peau sur l'escalier. J'en mangerais ma tête et la sienne avec.

- Non, ce n'est pas lui, dit M. Brownlow en riant. Il n'a pas eu d'orange. Voyons, posez là votre chapeau et parlez à mon jeune ami.

- Cela me donne terriblement à penser, dit l'irascible vieillard en ôtant ses gants; il y a toujours plus ou moins de peau d'orange sur le pavé de notre rue, et j'ai la certitude que c'est le garçon du chirurgien du coin qui en met à dessein; pas plus tard qu'hier soir, un de ces morceaux a fait glisser une jeune femme, qui est tombée contre la grille de mon jardin. Dès qu'elle se releva, je la vis qui regardait l'infernale lanterne rouge qui éclaire l'enseigne du chirurgien! N'y allez pas! lui criai-je par la fenêtre; c'est un assassin! un dresseur d'embûches. J'en…»

Ici l'irritable vieillard donna un grand coup de canne sur le plancher; c'était un geste qui chez lui était l'équivalent de son expression favorite. Puis, sans quitter sa canne, il s'assit, et, ouvrant un lorgnon qu'il portait attaché à un large ruban noir, il se mit à considérer Olivier. Celui-ci, se voyant l'objet d'un examen en règle, rougit et salua de nouveau.

«C'est là le garçon en question? dit enfin M. Grimwig.

- Lui-même, répondit M. Brownlow en faisant à Olivier un signe de tête amical.

- Comment ça va-t-il, mon garçon? dit M. Grimwig.

- Merci, monsieur, beaucoup mieux,» répondit Olivier;

M. Brownlow, craignant probablement que son fantasque ami n'ajoutât quelque parole désagréable, dit à Olivier de descendre et d'aller prévenir Mme Bedwin de monter le thé. Olivier, qui n'était pas enchanté des manières du nouveau venu, fut heureux d'avoir une occasion de sortir.

«C'est un charmant garçon, n'est-ce pas? demanda M. Brownlow.