Madame Mann fit entrer le bedeau dans une petite salle basse carrelée et le débarrassa de sa canne, qu'elle plaça avec symétrie sur une table qui était devant lui.

—N'allez pas vous fâcher de c'que j'vas vous dire, monsieur Bumble, hasarda madame Mann avec grâce, vous avez fait un bon bout d'chemin, vous avez chaud, ça s'voit bien, monsieur Bumble, sans quoi je n'me permettrais pas . . . Voulez-vous accepter un p'tit verre de queuqu'chose, monsieur Bumble?

—Merci bien! pas la moindre des choses, dit M. Bumble en agitant sa main d'un air de bienveillante dignité.

—Vous n'me r'fuserez pas, dit madame Mann, qui devinait un consentement facile dans le ton du refus aussi bien que dans le geste qui l'accompagnait, rien qu'une petite goutte avec un peu d'eau froide et un morceau de suc . . .

M. Bumble toussa.

—Rien qu'une larme, ajouta-t-elle d'un petit air engageant.

—Qu'allez-vous me donner? demanda le bedeau.

—C'est ce que je suis obligée d'avoir quelquefois dans la maison pour mettre dans le daffy d'ces chers enfants quand ils sont malades, dit madame Mann ouvrant un petit buffet placé dans une encoignure et en tirant une bouteille et un verre: c'est du genièvre, monsieur Bumble.

—Est-ce que vous donnez du daffy aux enfants, madame Mann? demanda celui-ci suivant des yeux l'attrayante action du mélange. [1]

—Bien sûr que je leur z'en donne, malgré l'prix qu'ça m'coûte! reprit la serveuse. J'n'aurais pas l'cœur d'les voir souffrir devant mes yeux, savez-vous bien, monsieur Bumble!