Pendant tout ce temps le juif regardait autour de lui d'un air inquiet comme s'il eût voulu s'assurer que Sikes n'était point rentré.

Ayant satisfait sa curiosité sur ce point, il toussa deux ou trois fois et fit tout ce qu'il put pour entamer la conversation; mais la fille ne fit pas plus d'attention à lui et ne bougea non plus qu'une statue de pierre. Enfin il fit un nouvel effort, et, se frottant les mains, il dit du ton le plus affable:

—Et où crois-tu que Guillaume puisse être maintenant, hein?

Celle-ci répondit, d'une manière presque inintelligible et comme si elle pleurait, qu'elle ne savait pas.

—Et l'enfant? dit le juif regardant la fille entre les deux yeux pour voir l'expression de son visage. Pauvre petit! abandonné dans un fossé! vois donc un peu, Nancy?

—L'enfant, dit celle-ci en levant la tête, est mieux où il est qu'avec nous . . . Et, pourvu qu'il n'arrive rien à Sikes, je désire qu'il soit mort dans le fossé et que ses os y pourrissent.

—Quoi donc! s'écria le juif avec étonnement.

—Sans doute, reprit la fille le regardant fixement à son tour; je serais bien contente de ne plus l'avoir sous mes yeux, et de savoir qu'il est affranchi de tout ce qui pouvait lui arriver de plus fâcheux. C'était un fardeau que de l'avoir autour de moi . . . sa vue seule était un reproche contre moi et contre vous tous.

—Bah! fit le juif d'un ton de mépris, tu es soûle, ma fille.

—Ah! sans doute, s'écria amèrement celle-ci; ce ne serait pas votre faute si je ne l'étais pas. Vous n'aimeriez pas me voir autrement, pourvu que je fasse comme vous voulez; excepté maintenant que ça ne vous convient guère, n'est-ce pas?