—Vous en avez menti, Brittles, dit à son tour M. Giles.

Les compagnons s'arrêtèrent et se mirent à discuter; ils sentaient qu'ils avaient peur; ils s'accusaient mutuellement de poltronnerie; mais personne ne voulait avouer ce qu'il éprouvait. Ils se regardèrent, et, d'un commun accord, sans se rien dire, ils coururent en toute hâte vers la maison, jusqu'à ce que M. Giles, qui était le plus poussif et qui s'était armé d'une fourche, eut insisté sur la nécessité de s'arrêter.

—C'est étonnant, dit-il, lorsqu'il se fut justifié à leurs yeux, tout ce qu'un homme peut faire quand il a la tête montée! J'aurais commis un meurtre, j'en suis sûr, si j'avais tenu un de ces brigands! . . .

Comme les deux autres pensaient de même, et qu'à son instar ils s'étaient apaisés tout à coup, ils firent des réflexions philosophiques sur la cause de ce changement soudain dans leur caractère.

—Je sais bien ce que c'est! dit M. Giles, c'est la barrière!

—Cela pourrait bien être! s'écria Brittles saisissant l'idée.

—Vous pouvez en être sûrs, reprit Giles, que c'est la barrière qui a produit ce changement en nous. J'ai senti tout mon courage s'en aller, tandis que je l'escaladais.

Par une de ces coïncidences extraordinaires, il se trouva que les deux autres avaient éprouvé la même sensation dans le même moment; de sorte qu'il n'y eut plus à douter que c'était la barrière, surtout lorsqu'ils se furent rappelé que ce fut au moment de l'escalader qu'ils aperçurent les voleurs.

Le colloque avait lieu entre les deux hommes qui avaient surpris les brigands, et un chaudronnier ambulant qui avait couché sous un hangar, et qui, éveillé par le bruit, s'était joint, de concert avec ses deux chiens, au nombre des poursuivants. M. Giles était à la maison en la double qualité de sommelier et de maître d'hôtel; et Brittles était un homme de peine qui, entré tout jeune au service de la vieille dame, était traité comme un enfant qui promet beaucoup, bien qu'il eût passé la trentaine.

S'encourageant ainsi réciproquement par leurs paroles, tout en se serrant cependant le plus près possible l'un de l'autre, tremblant de tous leurs membres et jetant un regard effrayé autour d'eux chaque fois qu'une bouffée de vent agitait le feuillage, nos trois hommes coururent chercher leur lanterne, qu'ils avaient laissée au pied d'un arbre dans la crainte qu'elle n'indiquât aux voleurs la direction dans laquelle ils devaient tirer, et ils regagnèrent la maison au pas de course. Ils étaient déjà bien loin qu'on eût pu voir encore leurs ombres vacillantes se projeter dans la distance et se balancer légèrement, de même qu'une vapeur qui s'exhale d'un terrain humide.