Les deux servantes montèrent l'escalier quatre à quatre pour porter cette heureuse nouvelle à leurs maîtresses; et le chaudronnier fit tous ses efforts pour rappeler Olivier à la vie, de peur qu'il ne vint à mourir avant d'être pendu. Au milieu de tout ce remue-ménage, on entendit une douce voix de femme qui apaisa le bruit en un instant.
—Giles! murmura la voix du haut de l'escalier.
—Me voici, Mademoiselle, répliqua celui-ci; ne craignez rien, Mademoiselle, je n'ai pas beaucoup de mal! . . .
—Chut! reprit la jeune demoiselle, vous effrayez ma tante autant que les voleurs eux-mêmes. Le pauvre homme est-il dangereusement blessé?
—Furieusement, Mademoiselle, repartit Giles avec un air de complaisance et de satisfaction intérieure.
—On dirait qu'il se meurt, Mademoiselle, cria Brittles de la même manière qu'auparavant. Ne voulez-vous pas le voir, Mademoiselle, avant qu'il ne? . . .
—Chut! ne faites pas de bruit, mon ami, dit la demoiselle. Attendez un instant, que je parle à ma tante.
D'un pas aussi doux que sa voix, la jeune fille s'éloigna légèrement, et revint bientôt donner l'ordre de transporter le blessé dans la chambre de M. Giles, avec tous les soins possibles. Elle dit en même temps à Brittles de seller le bidet et de se rendre sur-le-champ à Chertsey, d'où il devait envoyer en toute hâte un constable et un médecin.
—Mais ne voulez-vous pas le voir auparavant, Mademoiselle demanda M. Giles avec autant d'orgueil que si Olivier eût été quelque oiseau d'un rare plumage qu'il aurait abattu adroitement. Ne désirez-vous pas seulement l'entrevoir?
—Non, pas maintenant, pour tout au monde, répondit la jeune fille. Pauvre malheureux! Oh! traitez-le avec bonté, Giles . . . ne fût-ce que pour l'amour de moi!