Le lendemain matin le bruit courut qu'il y avait, dans la prison de Kingston, deux hommes et un petit garçon qu'on avait arrêtés la nuit précédente comme étant suspects. En conséquence, MM. Blathers et Duff firent route pour Kingston.
Le crime de ces hommes était d'avoir été trouvés endormis contre une meule de foin, crime qui, bien qu'il soit énorme sans doute, n'est seulement punissable que d'emprisonnement; en ce qu'aux yeux de la loi anglaise (cette loi si douce et si bonne pour tous les sujets du roi) il n'y a point, dans cette action de dormir à la belle étoile, de preuve suffisante que ceux qui s'en sont rendus coupables aient pour cela commis un vol avec escalade et effraction, et aient, par là même, encouru la peine de mort. MM. Blathers et Duff revinrent donc chez madame Maylie aussi savants qu'ils en étaient partis.
Enfin, après une conférence assez longue au sujet d'Olivier, il fut convenu que madame Maylie et M. Losberne répondraient pour lui dans le cas où la justice reviendrait sur cette affaire, et un magistrat des environs fut appelé à cet effet pour recevoir leur caution.
Nos deux officiers de police, ayant reçu une couple de guinées pour la peine qu'ils s'étaient donnée, s'en retournèrent à Londres, chacun avec des opinions toutes différentes au sujet de leur expédition: l'un (Duff), après de mûres réflexions, soutenant que la bande de Pett était pour quelque chose dans la tentative de vol; et l'autre (Blathers), en attribuant tout le mérite au fameux Conkey Chickweed.
Grâce aux soins de madame Maylie, de Rose et du bienveillant M. Losberne, Olivier se rétablit peu à peu.
XXXI. —De la vie heureuse qu'Olivier mène avec ses amis.
La maladie d'Olivier ayant été d'une nature sérieuse, sa convalescence fut longue. Les souffrances que lui causait sa blessure, jointes à une fièvre ardente qui dura plus d'un mois, l'avaient épuisé totalement. Pénétré des attentions délicates que ses deux hôtesses avaient pour lui, il leur en témoignait sa reconnaissance les larmes aux yeux, et il leur disait souvent combien il lui tardait d'être rétabli pour faire quelque chose pour elles, ne fût-ce que pour leur prouver que leurs bienfaits n'étaient point perdus, mais que le pauvre enfant qu'elles avaient sauvé de la misère, et peut-être bien de la mort, était tout dévoué à leur service.
Et cependant, malgré les bontés de madame Maylie et de Rose, Olivier était souvent inquiet. Il semblait éprouver un remords, c'est qu'il pensait à M. Brownlow et à cette vieille dame qui l'avaient si bien traité pendant sa maladie. Il craignait de passer pour un ingrat aux yeux de ses généreux protecteurs: aussi ne fut-il tranquille que lorsque M. Losberne lui eut formellement promis de le mener les voir aussitôt qu'il serait en état de supporter le voyage. [8]
Olivier fut bientôt rétabli. Il partit en conséquence un beau matin, avec M. Losberne, dans la calèche de madame Maylie. Arrivés au pont de Chertsey, il devint pâle et jeta un cri perçant.
—Eh bien! qu'est-ce qu'il a donc, cet enfant? s'écria le docteur d'un ton brusque comme à son ordinaire. Que vois-tu? Que ressens-tu? Qu'entends-tu? Voyons, parle!