Ils coururent ainsi d'un seul trait jusqu'à l'angle d'un champ indiqué par Olivier. Alors Henri Maylie, qui était arrivé le premier, s'étant mis à visiter le fossé et la haie, les autres le rejoignirent pendant ce temps, et Olivier put expliquer à M. Losberne le motif de cette poursuite.

Leurs recherches furent inutiles; ils n'aperçurent même pas les traces des pas des deux fugitifs. Ils se trouvaient alors sur le sommet d'une colline qui dominait la plaine à trois ou quatre milles à la ronde. Le village était dans le fond à gauche; mais en supposant que les deux hommes eussent voulu s'y réfugier, il leur eût fallu faire en rase campagne un circuit qu'il leur avait été impossible de parcourir en si peu de temps. Il y avait bien un petit bois qui bordait la prairie dans une autre direction; mais ils n'avaient pu y arriver par la même raison.

—Il faut que ce soit un rêve; Olivier! dit Henri Maylie prenant celui-ci à part.

—Oh! non, bien sûr, Monsieur! répliqua Olivier, que le souvenir de l'affreux vieillard fit tressaillir involontairement, je l'ai trop bien vu pour cela . . . Je les ai vus tous deux comme je vous vois maintenant.

—Qui était l'autre? demandèrent en même temps le jeune homme et M. Losberne.

—Celui dont je vous ai parlé, qui m'a brusqué si fort à la porte de l'auberge, dit Olivier. Nous nous sommes trop bien regardés l'un l'autre pour que je puisse m'y tromper . . . Je jurerais que c'est lui.

—Vous êtes sûr que c'est bien de ce côté qu'ils se sont sauvés? demanda Henri.

—J'en suis aussi certain qu'il est vrai qu'ils étaient à ma fenêtre, reprit Olivier montrant du doigt la haie qui sépare le jardin de la prairie. Le plus grand a sauté à cet endroit même, et le juif a passé par cette trouée que voici à droite.

Henri Maylie et M. Losberne se regardèrent et parurent satisfaits des réponses d'Olivier. Cependant aucun indice de personnes qui s'enfuient précipitamment ne s'offrit à leurs yeux: l'herbe haute n'était foulée nulle part, excepté dans les endroits où ils avaient marché eux-mêmes; le bord des fossés n'était que boue; mais en aucun lieu cette houe ne portait l'empreinte de souliers d'homme.

—Voilà qui est bien étrange! dit Henri.