—Qu'as-tu donc, Nancy? s'écria le juif reculant d'étonnement aussitôt qu'il eut posé la chandelle sur la table, comme tu es pâle!

—Pâle! s'écria à son tour la jeune fille mettant sa main devant ses yeux, afin de supporter le regard du juif avec plus d'assurance.

—Tu es pâle comme la mort, reprit celui-ci. Que t'est-il donc arrivé?

—Rien du tout . . .. À moins que ce ne soit d'avoir été renfermée pendant tout ce temps dans cette pièce où il fait une chaleur étouffante, repartit nonchalamment la fille. Allons! finissons-en, que je m'en aille!

Fagin remit à Nancy la somme convenue, poussant un soupir à chaque pièce de monnaie qu'il lui mettait dans la main; et, après s'être souhaité réciproquement une bonne nuit, ils se séparèrent.

A peine la jeune fille fut-elle dans la rue, qu'elle se vit obligée de s'asseoir sur le pas d'une porte, incapable qu'elle était de poursuivre son chemin. Tout à coup elle se leva et courut dans une direction tout à fait opposée à la demeure de Sikes, jusqu'à ce qu'épuisée de fatigue et couverte de sueur elle s'arrêta enfin pour reprendre haleine. Alors, comme si elle fût revenue à elle-même, et qu'après s'être remise de son trouble elle eût déploré l'impossibilité d'exécuter un projet qu'elle avait en tête, elle se tordit les bras et pleura amèrement.

XXXIX. —Singulière entrevue en conséquence de ce qui s'est passé dans le chapitre précédent.

Fort heureusement pour Nancy, Sikes, une fois en possession de l'argent, passa toute la journée du lendemain à boire et à manger; ce qui lui adoucit tellement le caractère, qu'il n'eut ni le temps ni l'envie de trouver à redire à la conduite de la jeune fille.

A mesure que le jour s'avançait, le trouble de la jeune fille augmenta; et quand, vers le soir, elle s'assit au chevet du brigand, attendant avec impatience que le sommeil et la boisson eussent appesanti ses paupières, son visage était si pâle et ses yeux si brillants, que Sikes même l'observa avec étonnement.

Ce dernier, que la fièvre avait affaibli, était couché sur son lit, buvant force grog, afin de l'apaiser, et il tendait son verre à Nancy, pour qu'elle le lui remplît pour la troisième ou quatrième fois, lorsque ces symptômes le frappèrent.