—Il ne manquera de rien, reprit le juif. Il sera dans sa cellule comme un seigneur, Charlot, comme un jeune prince. Il aura tout ce qu'il désire . . . tout. Je veux qu'il ait, comme d'habitude, sa bière à tous ses repas et de l'argent dans sa poche pour jouer à pile ou face, s'il ne peut le dépenser.
—Vraiment! s'écria Charlot.
—Sans doute, repartit le juif. Et nous lui trouverons un défenseur, Charlot. Nous choisirons celui qui passe pour avoir la meilleure platine. Il prendra son parti avec chaleur dans un superbe discours qui touchera l'audience. Notre jeune ami parlera aussi à son tour, s'il le juge convenable, et nous verrons cela dans tous les journaux. Le fin Matois . . . (éclats de rire parmi l'auditoire). Plus loin . . . (agitation au banc de MM. les jurés) . . . Et, quelques lignes plus bas encore . . . (hilarité générale). Hein, Charlot!
—Ah! ah! s'écria maître Bates en riant, c'te besogne qu'il va vous leur tailler à tous, dites donc, Fagin! . . . Comme le Matois va vous les r'tourner! Je ne les vois pas blancs avec lui, s'cusez du peu!
—Et qu'il fera bien de ne pas les ménager! reprit le juif.
—Il n'y a pas de doute, reprit Charlot se frottant les mains.
—Il me semble le voir maintenant, dit le juif fixant ses regards sur son jeune élève.
—Et moi aussi, s'écria Charlot. Ah! ah! ah! Il me semble que j'y suis. Parole d'honneur, Fagin, si je ne crois pas y être! Je me le représente comme si ça se passait sous mes yeux. Quelle bonne farce! Ces vieilles têtes à perruque, faisant tout leur possible pour garder leur sérieux, et Jacques Dawkins ne se gênant pas plus pour leur dire sa façon de penser que s'il était leur camarade, et leur parlant avec autant d'aisance que le ferait le fils du président lui-même après un bon repas, ah! ah! ah!
Le fait est que le juif avait si bien réussi à exciter la belle humeur de son jeune élève, que maître Bates, qui avait d'abord considéré l'emprisonnement de son ami comme un malheur, et le Matois lui-même comme une victime, regardait maintenant cet illustre jeune homme comme le principal acteur d'une scène comique, et il lui tardait de voir arriver le moment où son jeune ami aurait une occasion si favorable de déployer ses talents.
—Il faudrait aviser aux moyens d'avoir de ses nouvelles aujourd'hui d'une manière ou d'autre, dit Fagin, voyons un peu?