—Je savais bien que vous ne demanderiez pas mieux, s'écria Fagin.
—Il n'y a pas de doute à cela, repartit Noé. Où est-elle, où et quand devrai-je la suivre?
—Je vous dirai tout cela, mon cher . . . je vous la ferai connaître quand il sera temps, dit Fagin, ayez soin de vous tenir prêt; le reste me regarde.
Ce soir-là, le lendemain et le jour suivant, l'espion, botté et accoutré de ses habits de charretier, se tint prêt à partir au signal de Fagin. Six nuits se passèrent ainsi; six mortelles nuits à chacune desquelles le juif rentra désappointé, donnant à entendre en peu de mots qu'il n'était pas encore temps. Le soir du septième jour, il rentra plus tôt que les jours précédents, et un air de satisfaction brillait sur son visage: c'était un dimanche.
—Elle sort ce soir, dit Fagin, et c'est pour aller voir ses nouvelles connaissances, j'en suis sûr; car elle a été seule toute la journée, et celui qu'elle redoute ne reviendra guère avant le jour. Partons vite, il est temps!
Noé se leva sans dire un seul mot; car l'extrême joie que ressentait le juif s'était communiquée à lui. Ils sortirent à la dérobée, et, ayant traversé un labyrinthe de rues, ils arrivèrent enfin devant un cabaret.
Il était onze heures et un quart, et la porte en était fermée. Elle tourna doucement sur ses gonds à un léger sifflement que fit le juif.
Osant à peine chuchoter, mais substituant les gestes aux paroles, Fagin et le jeune juif qui leur avait ouvert montrèrent à Noé le carreau de verre, et lui firent signe de monter pour voir la personne qui était dans la salle voisine.
—Est-ce là la femme en question? demanda celui-ci à voix basse. Le juif fit un signe de tête affirmatif.
L'espion échangea un coup d'œil avec Fagin et partit comme un trait.