—Il est inutile d'insister davantage, dit en soupirant le monsieur; peut-être bien qu'en restant ici nous compromettons sa sûreté.
—Oui, oui, repartit la fille, vous avez bien raison!
—Comment peut donc se terminer la misérable existence de cette pauvre fille? s'écria Rose.
—Comment! reprit la fille; regardez devant vous, Mademoiselle! jetez les yeux sur cette eau qui bouillonne à vos pieds! Combien de fois n'avez-vous pas entendu parler de pauvres malheureuses comme moi qui s'y sont précipitées, fatiguées qu'elles étaient de la vie!
—Ne parlez pas ainsi, je vous en supplie! dit Rose en sanglotant.
—Vous n'en entendrez jamais parler, bonne demoiselle, repartit Nancy; à Dieu ne plaise que de telles horreurs viennent jamais souiller vos chastes oreilles! Bonne nuit! Adieu!
Le monsieur se retourna comme pour se disposer à partir.
—Prenez cette bourse, s'écria Rose; gardez-la pour l'amour de moi, que vous ayez quelque ressource au besoin.
—Non, non, reprit la fille, l'argent ne me tente pas, ce n'est pas l'intérêt qui m'a fait agir en cette circonstance, croyez-le bien . . . cependant donnez-moi quelque chose, quelque chose que vous ayez porté . . . J'aimerais avoir quelque chose de vous . . . Non, non, pas une bague . . . Vos gants ou votre mouchoir . . . Merci, merci! Dieu vous bénisse! Adieu!
L'extrême agitation dans laquelle était la fille, et la crainte qu'elle avait d'être maltraitée à son retour, dans le cas où elle viendrait à être découverte, semblèrent déterminer le monsieur à partir.