—Eh bien! après? dit-il reprenant sa première position.
—Je suppose que ce garçon, poursuivit le juif, vienne à nous trahir . . . qu'il nous vende tous . . . qu'il découvre les gens qui ont intérêt à nous connaître . . . qu'il leur donne notre signalement jusqu'à la moindre petite marque, et qu'il leur dise l'endroit où on peut aisément nous pincer?
—Ce que je ferais! reprit Sikes. S'il était encore en vie à mon retour, je lui briserais le crâne avec le talon de ma botte.
—Et si c'était moi? cria le juif à tue-tête. Moi qui en sais tant et qui pourrais en faire pendre tant d'autres avec moi!
—Je n'sais pas, repartit Sikes grinçant des dents et pâlissant de colère à la seule idée que ce pût être. Je ferais quelque chose dans la prison qui me ferait mettre la camisole, j'en suis sûr; ou, si j'étais pour être jugé en même temps que vous, j'en dirais plus à moi seul, contre vous, que tous les témoins à charge, et j'vous ferais sauter la cervelle devant tout le monde . . . Ce n'est ni la force ni le courage qui me manqueraient, allez! murmura le brigand brandissant son poing comme s'il allait réellement commencer l'action. J'irais de si bon cœur que vous n'y verriez que du feu!
—Vraiment? fit le juif.
—Aussi vrai que je vous le dis, repartit le brigand. Essayez un peu, vous verrez si je me gêne.
—Si c'était Charlot, ou le Matois, ou Betsy . . . ou bien? . . .
—Peu m'importe à moi qui ce soit! reprit Sikes avec impatience. Je lui ferais son affaire tout de même.
Fagin fixa de nouveau le brigand, et, lui faisant signe de garder le silence, il se pencha sur le matelas où reposait Noé, et secoua celui-ci par le bras pour l'éveiller.