—Non, non, je veux te dire au revoir, poursuivit Olivier. Je te reverrai, Richard, j'en suis sûr! Tu seras bien portant et plus heureux alors.

—Je l'espère bien, dit l'enfant, mais quand je serai mort, pas avant. Je sais bien que le médecin a raison, Olivier, parce que je rêve si souvent du ciel et des anges, et je vois des figures douces comme je n'en ai jamais vu quand je suis éveillé. Embrasse-moi, continua-t-il en grimpant sur la porte du jardin. Et passant ses petits bras autour du cou d'Olivier: Au revoir, mon ami! que Dieu te bénisse!

Quoique donnée par un enfant, cette bénédiction était la première qu'Olivier eût jamais entendu invoquer sur sa tête; et au milieu des souffrances et des vicissitudes de sa vie future, il ne l'oublia jamais une seule fois.

VIII. —Olivier se rend à Londres, et rencontre en chemin un singulier jeune homme.

Olivier, arrivé à la barrière où aboutissait le sentier, se trouva de nouveau sur la grand-route. Il était alors huit heures; quoiqu'il eût déjà fait cinq milles, il courut et se cacha tour à tour derrière les haies jusqu'à midi, dans la crainte d'être rattrapé dans le cas où l'on serait à sa poursuite. Alors il s'assit auprès d'une borne et se mit à penser, pour la première fois, à l'endroit où il devait aller pour tâcher de gagner sa vie.

Ayant souvent entendu dire par les vieillards du dépôt de mendicité qu'un garçon d'esprit ne pouvait manquer de réussir à Londres, et qu'il y avait dans cette grande ville des ressources dont les habitants de la province ne se faisaient aucune idée, c'était justement l'endroit qui convenait à l'enfant sans asile, et qui pouvait mourir dans la rue si personne ne venait à son secours. Il marcha donc avec courage, couchant en plein champ, vivant tantôt d'aumônes, tantôt de débris jetés à la borne, rebuté partout, chassé de partout.

Le septième jour de son départ, il entra de très grand matin, clopin-clopant, dans la petite ville de Barnet. Les contrevents des maisons étaient fermés, les rues désertes; personne n'était encore levé pour vaquer aux occupations de la journée. Le soleil se levait tout radieux; mais sa lumière ne faisait que montrer à l'enfant, d'une manière plus sensible, et sa tristesse et sa misère, en même temps qu'il s'assit sur les marches froides d'un perron les pieds en sang et couverts de poussière.

Peu à peu les volets s'ouvrirent, les stores se levèrent et les gens commencèrent à circuler dans les rues. Quelques personnes (un bien petit nombre) s'arrêtèrent un moment pour le considérer, ou se détournèrent seulement en passant rapidement; mais pas un ne le secourut, on ne se donna même pas la peine de s'informer comment il se trouvait en cet endroit. Le pauvre enfant n'avait pas le cœur de mendier, et il était assis là sans savoir que devenir.

Il y avait déjà quelque temps qu'il était sur les marches de ce perron, s'étonnant du grand nombre de tavernes qu'il voyait (presque toutes les maisons de Barnet étant des tavernes), et regardant avec insouciance les voitures publiques qui passaient devant lui, surpris cependant de la rapidité et de la légèreté avec laquelle elles franchissaient en peu d'heures une distance qui lui avait demandé, à lui, toute une semaine d'un courage et d'une résolution au-dessus de son âge, lorsqu'il fut tiré de sa rêverie en remarquant qu'un jeune garçon qui quelques instants auparavant venait de passer, sans paraître le remarquer, était revenu se placer de l'autre côté de la rue et le considérait avec la plus grande attention. D'abord il n'y attacha aucune importance; mais, voyant que ce garçon restait si longtemps dans la même attitude, il leva la tête et le regarda de la même manière. Alors celui-ci traversa la rue et venant droit à lui:

—Eh bien! vieux, de quoi qu'il en r'tourne? dit-il en s'adressant à Olivier.