M. Brownlow (car c'était lui) entra aussi lestement que possible; mais il n'eut pas plus tôt haussé ses lunettes sur son front, et mis ses mains derrière les pans de sa robe de chambre pour bien examiner Olivier, que sa figure changea plusieurs fois d'expression, et qu'elle fit des contorsions toutes plus grotesques les unes que les autres. Olivier était affaibli par la maladie, et comme, par respect pour son bienfaiteur, il faisait des efforts inutiles pour se tenir debout, il finissait toujours par retomber en arrière sur sa chaise; de sorte que M. Brownlow, qui, à dire vrai, avait à lui seul plus de sensibilité qu'une demi-douzaine d'hommes comme lui, ne put retenir des larmes qui s'échappèrent de ses yeux comme par un procédé hydraulique que nous ne sommes pas assez philosophe pour pouvoir expliquer.

—Pauvre enfant! pauvre enfant! dit-il en éclaircissant sa voix. Je suis un peu enroué, ce matin, madame Bedwin, je crains d'avoir attrapé un rhume.

—Faut espérer que non, Monsieur, reprit celle-ci, tout le linge que je vous ai donné était bien sec.

—Je ne sais pas, Bedwin, je ne sais pas, poursuivit M. Brownlow, il me semble que la serviette que vous m'avez donnée hier, à dîner, était un peu humide. Mais n'importe! Comment vous trouvez-vous, mon ami?

—Très heureux, Monsieur, répondit Olivier, et très reconnaissant de vos bontés pour moi.

—Charmant enfant! dit M. Brownlow remis de son émotion. Lui avez-vous donné quelque nourriture, Bedwin? quelque bouillon, hein!

—Il vient de prendre un bol d'excellent consommé, répondit madame Bedwin se relevant de toute sa hauteur, et prononçant ces derniers mots avec emphase pour faire comprendre qu'entre un bouillon et un consommé, il n'y avait pas le moindre rapport.

—Pouah! fit M. Brownlow haussant les épaules, deux ou trois verres de vin de Porto lui auraient fait beaucoup plus de bien, n'est-il pas vrai, Tom White, hein?

—Je m'appelle Olivier, Monsieur, reprit le jeune convalescent d'un air étonné.

—Olivier! dit M. Brownlow; Olivier qui? Olivier White, hein?