Comme si le sort l'eût fait exprès, madame Bedwin entra sur ces entrefaites, apportant un petit paquet de livres que M. Brownlow avait achetés le matin même du bouquiniste qui a déjà figuré dans cette histoire, et, l'ayant posé sur la table, elle se disposait à sortir de la chambre.

—Dites au garçon d'attendre, madame Bedwin, dit M. Brownlow, il y a quelque chose à remporter.

—Il est parti, Monsieur, reprit madame Bedwin.

—Rappelez-le, c'est important, répliqua M. Brownlow. Cet homme n'est pas riche, et ces livres ne sont pas payés: il y a aussi d'autres livres à remporter.

La porte de la rue fut ouverte; Olivier courut d'un côté et la bonne de l'autre, tandis que, du perron, madame Bedwin appelait le garçon; mais celui-ci était déjà bien loin, et Olivier, ainsi que la bonne, revinrent tout essoufflés sans avoir pu le rejoindre.

—J'en suis vraiment fâché, s'écria M. Brownlow; j'aurais désiré que ces livres fussent reportés ce soir.

—Renvoyez-les par Olivier, dit M. Grimwig avec malice; vous êtes sûr qu'il les remettra fidèlement.

—Oh! oui, Monsieur, laissez-moi les reporter, je vous en prie dit Olivier; je courrai tout le long du chemin; j'aurai bientôt fait.

M. Brownlow allait dire qu'Olivier ne devait sortir pour quelque cause que ce fût, lorsqu'un coup d'œil malin de son vieil ami le détermina à laisser partir l'enfant qui, par un prompt retour, prouverait sur-le-champ à ce dernier l'injustice de ses soupçons, sur ce point du moins.

—Eh bien! oui, vous irez, mon ami, dit M. Brownlow. Les livres sont sur une chaise près de mon bureau; montez les chercher.