— Au fait, murmura-t-il, c’est peut-être elle qui trouvera ce qu’il te faut. Elle est si répandue !…

La baronne Fossier parut s’évanouir d’extase, lorsque Provence lui présenta Françoise. Tout de suite, elle s’improvisait chaperon.

— Souffrez, mignonne, gazouilla-t-elle, que je vous présente un admirateur passionné de la France, sinon un ami : M. Hermann Wogenhardt, secrétaire particulier de son Altesse Royale l’Archiduchesse Frida de Marxenstein-Felsburg.

L’homme s’inclinait très bas devant la nièce du « Grand Maître ». Quand il releva la tête, la jeune fille aperçut, dans une large face jambonnée, deux yeux faux qui clignotaient, encadrés de courts favoris roussâtres. La bouche épaisse, où les mots français trouvaient un passage difficile, articula lourdement quelques phrases complimenteuses.

La baronne s’agitait, arrachant à Françoise la promesse de venir prendre le thé chez elle, dès le lendemain. Mais quand elle apprit l’existence de Mlle Corbier, comme elle se montrait, en toute occasion, respectueuse du protocole, elle proposa d’aller la saluer au « Continental ».

— Vous serez là, sans doute, cher Maître ?…

Et le cher Maître n’osa pas dire non.

III
L’Archiduchesse.

L’entrevue entre Marie-Antoinette Corbier et son frère avait été, relativement, cordiale. L’excellente Mme Giraud et son fils Amédée, un grand gaillard dégingandé, à l’œil timide et aux longues moustaches blondes, en visite chez Moune, avaient, par leur présence, amorti le choc de la rencontre.

Lorsque la Baronne arriva, poupée scintillante et macabre, Mlle Corbier multipliait une fois de plus les détails sur la fuite de Me Hubert-Lebert. Après les présentations, Mme d’Ambleuze tint absolument à ce que l’on n’interrompît point, pour elle, la conversation, si, toutefois, elle n’était pas indiscrète.