— C’est la petite Triestine, châtiée pour avoir été incorrecte envers Mlle de Gohenlirch.
— Je me souviens… Il faut la faire parler.
Inconsciemment, Marina se serra contre Françoise. Ses dents claquaient…
— Wogenhardt prendra ses dispositions, répliqua le Chancelier. Et si la lectrice encourage le Prince ?
Un autre silence, troublé par un sifflement léger, celui de la respiration oppressée de l’Archiduchesse. La colère qui, depuis trop longtemps, bouillonnait en elle, éclatait, terrible, crevant en imprécations folles, en atroces menaces.
— Je chasserai cette vermine française !… Mais auparavant, sachez-le, Welschmann ! je labourerai son idiot visage de mes ongles vengeurs !… Je la ferai, cette chienne, traîner en bas, pour qu’on la fouette jusqu’au sang !… Je vomirai à sa face traîtresse les injures de mon mépris. Quant à ses yeux abominables, ses yeux dont elle se montre si fière… Il n’est pas de supplice que…
— La moindre incartade de la part de votre Altesse serait un scandale, intervint Welschmann froidement. Cette étrangère n’est pas une servante. Titrée, apparentée à un écrivain connu, elle ira se plaindre à son ambassade. Cela ne nous vaudrait, à l’heure actuelle, que des complications inutiles. Il existe des moyens plus… discrets pour se débarrasser des gens ennuyeux…
— Oberstag est habile… Qu’il me délivre de cette bête venimeuse ! Qu’on la tue !…
— Votre Altesse n’a pas réfléchi. Elle parle, certes, sous l’empire d’un juste ressentiment. Je la supplie, toutefois, de vouloir bien se calmer et je lui demande la grâce de m’entendre. Ce n’est pas à cette extrémité que je songeais… Le plus sûr serait, à mon avis, de la renvoyer sur-le-champ.
— Peut-être, avez-vous raison ? Qu’on aille la chercher ! Qu’elle comparaisse !…