Baghzen-Kretzmar avait hâte d’arriver à l’heure du dîner. La consternation causée par la nouvelle du double meurtre de Sérajevo y régnait parmi les assistants. On ne s’entretenait que de cet événement. Mlle de Targes ne parut pas. Le désappointement du Prince était visible. Sans chercher à le dissimuler, nerveusement, il interrogeait l’Archiduchesse.
Secouée de rage, les dents serrées, celle-ci répondit avec une brièveté qui contrastait singulièrement avec l’habituelle déférence qu’elle témoignait à son fiancé.
— Mademoiselle de Targes nous quitte.
— Que voulez-vous dire ?
— L’air de Felsburg est mauvais pour elle…
— C’est une plaisanterie ?
— Le docteur Oberstag ne plaisante jamais. Moi non plus !
Elle dardait sur lui la lueur mauvaise de ses yeux froids et, comme insistant sur les mots, jouissant à l’avance de la peine qu’elle allait causer à l’infidèle, elle scanda :
— Elle s’en va cette nuit même… Il y a longtemps qu’elle devrait être partie !…
Elle avait un sourire sarcastique, haineux…