Dans notre brochure déjà citée: l'Ouverture de l'Amazone, nous disions, à la page 21: «Grattez le brésilien et vous retrouverez le nègre,» c'est-à-dire l'être abruti qui n'a qu'une idée confuse de l'honneur et qui a perdu à ce point le sentiment du juste et de l'honnête, qu'il ne croit pas déchoir en violant son serment.
A la même page, nous rappelions, en note, l'appréciation émue d'un de nos compatriotes qui appartient à la marine impériale, au sujet de l'exécution des défenseurs de Paysandù. M. Gasquy écrivait les lignes suivantes dans un recueil publié à Paris, sous le patronage du ministre de la marine et des colonies:
«Nous ne pouvons nous défendre d'un sentiment d'admiration pour les nobles victimes du devoir militaire, en même temps que de dégoût et de mépris pour ceux qui les mirent lâchement à mort, ou laissèrent s'accomplir un tel crime à l'ombre de leur drapeau.
«Gomès s'était rendu à un officier brésilien» [40].
[Note 40: ][ (retour) ] Revue Maritime et Coloniale, décembre 1866, page 732.
Ce cri d'indignation devait trouver un nouvel écho, dans un chapitre spécialement consacré à l'énumération des atteintes portées au droit des gens, par les confédérés platéens.
Hâtons-nous d'apprendre à nos lecteurs que le gouvernement brésilien, ne partageant ni l'admiration, ni le mépris du correspondant de la Revue Maritime et Coloniale, a conféré au baron Tamandaré, commandant de l'escadre qui coopérait à l'attaque de Paysandù, le titre de vicomte. Dans son numéro du 5 novembre 1866, le journal de Buenos-Ayres, El Pueblo, rappelle ce brillant fait d'armes du baron de Tamandaré, «jugé digne du titre de vicomte, pour avoir commis la lâcheté de démolir à coups de canon une ville sans remparts, et d'enterrer sous les ruines des maisons la poignée d'hommes qui les défendaient.»
Le marin brésilien qui glissa, nuitamment, à la faveur des brouillards et d'une crue d'eau extraordinaire, devant les batteries d'Humaïta, a reçu comme récompense de cette fuite rapide et, sans doute, glorieuse, le titre de baron. Baron du Passagem, ce n'est que grotesque; vicomte de Paysandù, c'est sinistre!
Après cela, chaque pays apprécie à sa manière l'honneur et le courage.
Nous n'avons pas à exposer le plan de campagne dressé par le maréchal Lopez, et dont le but était de menacer tout à la fois les alliés, au sud par les corps d'armée de Robles, de Duarte et d'Estigarribia, et au nord, par les corps des généraux Barrios et Resquin.