Le plan dressé par Benigno Lopez, avec le crayon de M. Washburn, et transmis par celui-ci au général brésilien, est, en effet, une des pièces les plus importantes du procès. En expliquant, en justifiant la manoeuvre, imprudente, en apparence, du maréchal Caxias, cette pièce suffit pour ne laisser aucun doute sur l'existence du complot tramé à l'Assomption.

On ne saurait trop le répéter: les alliés étaient réduits à l'impuissance, depuis l'attaque de Curupaïty et, dès lors, suivant l'énergique expression de M. Lamas, la paix devenait pour eux une «nécessité suprême». Le passage à travers les marais a changé du tout au tout la situation. L'abandon d'Humaïta, les massacres du Chaco, la retraite de Tébicuari, les sanglants assauts de Villeta et d'Angostura, la ville de Pilar brûlée, les pertes considérables faites par l'armée nationale, la détresse de la population, la ruine du pays, en un mot, telles sont les conséquences du secret livré par les conspirateurs aux chefs de la triple alliance.

Et, en présence de ces immenses calamités, on s'apitoyerait sur le sort des misérables qui les ont produites! On reprocherait à celui qui a juré de sauver la République ou de périr avec elle, d'avoir sacrifié au génie de la patrie, les ingrats et les infâmes qui ont noyé dans des flots de sang l'indépendance nationale!

Il faut que la société se défende, a dit un jour M. Guizot, à propos de l'ingérance hostile de Rosas dans les affaires intérieures, et de l'État Oriental, et de la province brésilienne, alors insurgée, de Rio-Grande. Si jamais ce principe d'ordre public a dû être appliqué rigoureusement et d'urgence, c'est bien dans la position où a placé le Paraguay l'accord des traîtres et des confédérés.

On n'a que des détails incomplets sur la répression de la conspiration bourgeoise de l'Assomption; mais, s'il est vrai que le maréchal Lopez ait élevé ses sentiments patriotiques à cette hauteur, où le salut du pays commande de ne plus distinguer entre les coupables; la condamnation des citoyens parricides, parmi lesquels se trouvent des membres de sa propre famille, confirmera aux yeux de la postérité les éloges enthousiastes donnés par M. Washburn à «l'illustre magistrat.»

L'auteur du pamphlet intitulé: les Républiques de la Plata et la guerre du Paraguay, a imaginé une singulière tactique pour venir en aide à l'ex-ministre américain. Désireux d'établir que cet homme politique n'était point dans le cas de commettre la noire trahison qui lui est reprochée, M. John Le Long n'a pas craint de le présenter à ses lecteurs comme «un caractère faible et pusillanime [72].» Quelques pages plus loin, il a la charitable pensée de mettre en relief «l'inqualifiable faiblesse de M. Washburn [73]

[Note 72: ][ (retour) ] Page 38.

[Note 73: ][ (retour) ] Page 55.

Ce procédé rappelle beaucoup le pavé que lance si lourdement l'ours de la fable.

Pourquoi, puisqu'il se trouvait en belle veine d'éloquence, l'avocat de Buenos-Ayres et de l'empire esclavagiste n'a-t-il pas appelé idiot l'ex-ministre des États-Unis? Cela aurait été peu parlementaire, sans doute; mais l'appréciation: caractère faible et pusillanime, est-elle bien respectueuse? Dans ce cas, du moins, M. Le Long aurait pu soutenir que si M. Washburn avait reçu de l'argent de toutes mains, des conspirateurs comme des alliés, c'était sans intention mauvaise de sa part, puisqu'il était incapable de distinguer une once espagnole d'une cruzade brésilienne.