Le succès avait donc été complet. Voici comment nous l'expliquions dans la note de la page 34, du travail sus-indiqué:

»Le général Caxias, aujourd'hui, maréchal, qui opère contre le Paraguay, pourrait nous dire le prix auquel a été obtenue la pacification de cette province. Là, aussi, le principal rôle a été rempli par le mulet historique dont il vient d'être parlé, à propos du commandant de Curupaïty. La force n'avait pu vaincre la résistance des Rio-Grandenses; mais, grâce aux arguments dont il était chargé, l'animal gagna la cause du pouvoir central auprès des chefs de la révolte!»

Mon Dieu! oui. On avait distribué généreusement des titres de baron, des décorations et de l'argent, de l'argent surtout, et la réaction s'était naturellement opérée; et la République de Rio-Grande avait cessé d'exister.

S'il n'est pas un grand foudre de guerre, le marquis de Caxias est, du moins, un habile négociateur. Son futur biographe devra enregistrer un deuxième succès de ce genre, qu'il obtint, au retour de Caseros, où le concours d'Urquiza venait de lui donner la victoire. Sommé par le nouveau président de la République Argentine, de retirer de Montevideo les troupes qui l'occupaient, le général Caxias évacua la place; mais il y laissa Florès, élevé par ses manoeuvres au pouvoir présidentiel; Florès, dont le dévouement, soldé par le trésor brésilien, était acquis à la politique de l'Empire.

Nous ignorons si le marquis de Caxias avait un profond mépris pour ceux qui lui livraient ainsi à prix d'argent leurs aspirations et leur patriotisme; ce qui nous paraît indiscutable, toutefois, c'est que la réussite de ses deux premières opérations devait l'avoir entièrement convaincu de l'excellence de son système. En conséquence, nous trouvons tout naturel de sa part que, en prenant le commandement des troupes, après le désastre de Curupaïty, il ait essayé d'introduire le fameux mulet macédonien dans la forteresse dont, ni Mitre, ni Tamandaré, ni Polidoro n'avaient pu s'emparer. Nous devinons le désappointement du vieux sceptique, lorsqu'il apprit que les portes de Curupaïty étaient restées fermées devant l'avocat ordinaire du roi Philippe, et qu'on le lui ramenait avec cette hautaine réponse du commandant paraguayen:

«Me prend-on pour un Florès, qu'on ose me proposer de vendre mon pays!»

Néanmoins, cet échec ne découragea point, ne pouvait pas décourager un homme dont la confiance restait absolue, dans la supériorité de son système. Du reste, les nécessités de la guerre l'obligeaient à provoquer une réaction; pour obtenir cette réaction, il ne trouva pas de meilleur moyen que de corrompre le colonel Alen, qui commandait dans Humaïta.

Une entrevue eut lieu entre le maréchal et le colonel. Le premier offrit au second 2 millions 500,000 francs, et le grade de général dans l'armée paraguayenne, pour le décider à livrer la place confiée à son honneur.

Le colonel lui répondit railleusement:

«Je regrette, maréchal, de ne pouvoir, à votre exemple, vous offrir des grades et des millions; mais, si vous consentez à me livrer votre armée, je m'engage, au nom du président de la République, à vous donner la couronne impériale du Brésil.»