Sur les 14 provinces qui composent la République Argentine, 13 d'entre elles travaillent pour alimenter le luxe de la 14e.

Semblable à une courtisane éhontée dont plusieurs fils de famille se sont simultanément épris, Buenos-Ayres a le talent, triste talent! de se faire entretenir par ses amoureux argentins. Elle fait miroiter aux yeux de tous--comme un écrin précieux--son port et sa douane qui remplissent le trésor national; mais elle les garde pour elle seule.

Bref, Buenos-Ayres reçoit tout de l'union fédérale et, en échange, elle lui donne..... zéro!

II

Le programme arrêté à Rio-de-Janeiro et à Buenos-Ayres

Nous étions fondé, on le voit, lorsque nous déclarions naguère que l'antagonisme existant entre les provinces et Buenos-Ayres, provenait du rôle absorbant que s'était toujours attribué l'orgueilleuse capitale.

Cet antagonisme crée deux nations dans la nation, deux peuples dont l'un, le vaincu est audacieusement exploité par le vainqueur.

Un état de choses qui repose sur une aussi révoltante iniquité ne saurait longtemps durer; Buenos-Ayres le sait, et le président Mitre a manoeuvré en vue de la nouvelle rupture qui se prépare.

Les provinces étant considérées comme des ennemis avec lesquels il faudra prochainement compter, Mitre qui, tout président qu'il soit de la République Argentine, est resté l'homme exclusif des Porteños, a cherché des alliés pour mater définitivement les provinces. Ces alliés, il les a trouvés dans l'empire esclavagiste, mais au prix d'une complète répudiation des traditions argentines.