Je suis allé chez toi, il y a environ un mois, pour t'informer d'un événement très important et à la connaissance duquel ton vieux titre d'ami et de père te donnait un droit spécial. Je vais me marier, le mois prochain, avec mademoiselle Anna Zimmerman.—Nous sommes tous on ne peut plus contents de cette union, qui nous paraît offrir les plus sérieuses assurances de bonheur durable. La famille est excellente, et j'ai l'heureuse chance d'y être aimé de tous les membres.
Je suis sûr, cher ami, que tu vas t'associer de tout ton cœur à cette nouvelle joie: elle sera momentanément troublée, cependant, par le souvenir cruel pour notre pauvre Marthe[15] du même bonheur qu'elle a goûté et qu'elle pleure maintenant tous les jours. Dieu veuille que ma nouvelle compagne la dédommage par son affection du mal involontaire que sa joie aura réveillé dans le cœur de sa nouvelle sœur! Ce sera, j'espère, ainsi: car ces deux excellentes natures se sont déjà bien sympathiques.
Adieu, cher Hector; tout à toi de cœur.
CHARLES GOUNOD.
Mes respects affectueux à madame Lefuel.
[15] La veuve de son frère.
VII
À MONSIEUR PIGNY[16],
rue d'Enghien, Paris.
La Luzerne, mardi 28 août 1855.
Mon bon et cher Pigny,