Quels voyants sublimes que ces grands lyriques du peuple hébreu! Quels divins que ces devins de la croissance et de la destinée humaines! Job, David, Salomon, les prophètes, et Paul, et Jean, l'initié aux secrets éternels et aux insondables profondeurs de la génération infinie!
Cette Jérusalem nouvelle, cette patrie de l'élection, c'est la sélection humaine, victorieuse des énigmes et rapportant, comme un glorieux trophée, tous les voiles sacramentels tombés, un à un, sur la route des siècles; c'est l'intendant laborieux et fidèle qui entre dans la joie de «son Seigneur», et qui remet entre les mains de son père et de son Dieu, sous la clarté resplendissante d'un «ciel nouveau», cette «terre nouvelle», régénérée, re-créée, conformément à la loi exprimée par cette formule suprême:
«En vérité, je vous le dis, il faut que vous naissiez de nouveau; sinon vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux!»
[21] Lu dans la séance publique annuelle des cinq Académies du 25 octobre 1886.
PRÉFACE[22]
À
LA CORRESPONDANCE D'HECTOR BERLIOZ
Il y a, dans l'humanité, certains êtres doués d'une sensibilité particulière, qui n'éprouvent rien de la même façon ni au même degré que les autres, et pour qui l'exception devient la règle. Chez eux, les particularités de nature expliquent celles de leur vie, laquelle, à son tour, explique celle de leur destinée. Or ce sont les exceptions qui mènent le monde; et cela doit être, parce que ce sont elles qui paient de leurs luttes et de leurs souffrances la lumière et le mouvement de l'humanité. Quand ces coryphées de l'intelligence sont morts de la route qu'ils ont frayée, oh! alors vient le troupeau de Panurge, tout fier d'enfoncer des portes ouvertes; chaque mouton, glorieux comme la mouche du coche, revendique bien haut l'honneur d'avoir fait triompher la Révolution:
J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.