(Il. 8, 102.)

XLVI. Approches des deux armées.

Zos. l. 2, c. 22.

Anony. Vales.

Il passa le détroit et alla camper près d'Andrinople [Hadrianopolis] dans la Thrace. Constantin étant parti de Thessalonique s'avança jusqu'aux bords de l'Hèbre. Les deux armées furent plusieurs jours en présence, séparées par le fleuve. Celle de Licinius postée avantageusement sur la pente d'une montagne, défendait le passage. Constantin ayant découvert un gué hors de la vue des ennemis, usa de ce stratagème: il fait apporter des forêts voisines quantité de bois et tordre des câbles, comme s'il était résolu de jeter un pont sur le fleuve; en même temps il détache cinq mille archers et quatre-vingts chevaux, et les fait cacher sur une colline couverte de bois, au bord du gué qu'il avait découvert: pour lui, à la tête de douze cavaliers seulement, il passe le gué, fond sur le premier poste des ennemis, les taille en pièces ou les renverse sur les postes voisins, qui, se repliant les uns sur les autres, portent l'épouvante dans le gros de l'armée: étonnée de cette attaque imprévue elle reste immobile; les troupes embusquées joignent Constantin, qui, s'étant assuré des bords du fleuve, fait passer l'armée entière.

XLVII. Harangue de Licinius.

Eus. vit. Const. l. 2, c. 5.

Buch. cycl. p. 283.

On se préparait de part et d'autre à une bataille, qui devait donner un seul maître à tout l'empire, et déterminer le sort de ses anciennes divinités. La veille ou peut-être le jour même de cette décision importante, qui fut le 3 de juillet, Licinius ayant pris avec lui les plus distingués de ses officiers, les mena dans un de ces lieux, auxquels l'imagination païenne attachait une horreur religieuse. C'était un bocage épais, arrosé de ruisseaux, où l'on apercevait à travers une sombre lueur les statues des dieux. Là, après avoir allumé des flambeaux et immolé des victimes, élevant la main vers ces idoles: «Mes amis, s'écria-t-il, voilà les dieux qu'adoraient nos ancêtres, voilà les objets d'un culte consacré par l'antiquité des temps. Celui qui nous fait la guerre, la déclare à nos pères, il la déclare aux dieux mêmes, il ne reconnaît qu'une divinité étrangère et chimérique, pour n'en reconnaître aucune; il déshonore son armée, en substituant un infâme gibet aux aigles romaines: ce combat va décider lequel des deux partis est dans l'erreur; il va nous prescrire qui nous devons adorer. Si la victoire se déclare pour nos ennemis, si ce Dieu isolé, obscur, inconnu dans son origine comme dans son être, l'emporte sur tant de puissantes divinités dont le nombre même est redoutable, nous lui adresserons nos vœux, nous nous rendrons à ce Dieu vainqueur, nous lui élèverons des autels sur les débris de ceux qu'ont dressés nos pères. Mais si, comme nous en sommes assurés, nos dieux signalent aujourd'hui leur protection sur cet empire, s'ils donnent la victoire à nos bras et à nos épées, nous poursuivrons jusqu'à la mort, et nous éteindrons dans son sang une secte sacrilége, qui les méprise.» Après avoir proféré ces blasphèmes il retourne au camp et se prépare à la bataille.

XLVIII. Bataille d'Andrinople.