Till. art. 68.
Une autre superstition s'était établie en Palestine. A dix lieues de Jérusalem près d'Hébron était un lieu nommé le Térébinthe, à cause d'un arbre de cette espèce qu'une tradition populaire faisait aussi ancien que le monde. Ce lieu s'appelait aussi le chêne de Mambré, parce qu'on prétendait y voir encore celui sous lequel Abraham était assis quand il fut visité par les anges qui allaient ruiner Sodome. On y montrait le tombeau de ce patriarche. C'était un pélerinage et une foire célèbre, où dans un certain temps de l'année on se rendait en foule de toutes les contrées de la Palestine, de la Phénicie, de l'Arabie, autant pour acheter et vendre des marchandises que par dévotion. Là les chrétiens, les juifs et les païens faisaient, chacun à leur manière, les actes de leur religion. On y sacrifiait des victimes, on y versait des libations en l'honneur d'Abraham, de tout temps très-révéré par les Orientaux. Les anges représentés en peinture à côté des divinités païennes, le chêne même et le térébinthe, tout était un objet d'idolâtrie. On campait sous des tentes dans cette plaine nue et découverte; et la confusion ne produisait aucun désordre: une exacte continence était une des lois de la fête, et les maris l'observaient même avec leurs femmes. Le puits d'Abraham était pendant tout ce temps bordé de lampes ardentes; on y jetait du vin, des gâteaux, des pièces de monnaie, et des parfums de toute espèce. Eutropia belle-mère de l'empereur, que la piété avait apparemment conduite en Palestine, l'instruisit de cet abus par ses lettres. Il écrivit aussitôt à Macarius et aux autres évêques de la province, pour leur faire des reproches de n'avoir pas été les premiers à remarquer et à réprimer ce culte superstitieux. Il leur fait savoir qu'il a chargé le comte Acacius de brûler sans délai toutes les images qui se trouveront en ce lieu, de détruire l'autel, et de punir sévèrement tous ceux qui oseront dans la suite y pratiquer aucun acte d'idolâtrie. Il recommande aux évêques de veiller avec soin à maintenir la pureté de ce lieu, et de l'avertir de tout ce qui pourrait s'y passer de contraire au culte de la vraie religion. On y bâtit par ordre de l'empereur une belle église. Le chêne de Mambré ne subsista pas long-temps au-delà, il n'en restait que le tronc du temps de saint Jérôme. Mais la superstition échappa à l'autorité de Constantin et à la vigilance des évêques: elle durait encore dans le cinquième siècle.
LXIII. Églises bâties.
Euseb. vit. Const. liv. 3, c. 50.
Soz. l. 2, c. 2.
Fleury, Hist. eccl. liv. 11, c. 35.
En même temps que l'empereur abattait les temples des faux dieux, il en élevait d'autres au véritable. Il en fit bâtir à ses dépens un très-grand et très-magnifique à Nicomédie, et le dédia au Sauveur en reconnaissance de ses victoires, que Dieu avait couronnées en cette ville par la soumission de Licinius. Il n'y avait guère de cité qu'il n'embellît de quelque édifice consacré au culte divin. Antioche était comme la capitale de l'Orient. Il la décora d'une basilique distinguée par sa grandeur et par sa beauté. C'était un vaisseau de forme octogone, fort élevé, au centre d'une spacieuse enceinte. Il était environné de logements pour le clergé, de salles et de bâtiments à plusieurs étages, sans parler des souterrains. L'or, le bronze, les matières les plus précieuses y étaient prodiguées: on l'appela l'église d'or. Joseph, personnage considérable entre les Juifs, qui très-endurci d'abord dans son aveuglement s'était enfin converti à force de miracles, et que l'empereur avait honoré du titre de comte, muni d'une commission du prince, fit aussi construire un grand nombre d'églises dans toute l'étendue de la Judée. Ce Joseph se rendit mémorable par son attachement à la foi orthodoxe. C'était le seul catholique habitant de Scythopolis, ville que son évêque Patrophile avait entièrement infectée d'arianisme. La dignité de comte le mit à l'abri de la persécution des Ariens.
LXIV. Arad et Maïuma deviennent chrétiennes.
Euseb. vit. Const. liv. 4, c. 38, 39.
Socr. l. 1, c. 18.