Eusèbe de Nicomédie, jugeant d'Athanase par lui-même, se flattait que ces marques effrayantes de son crédit et de sa puissance feraient enfin trembler l'évêque d'Alexandrie. Il le presse encore de recevoir Arius, et le trouve encore inflexible. Maître de la main comme de l'esprit de l'empereur, il l'engage à écrire plusieurs lettres à Athanase. Il en prévoyait le succès. Sur le refus du saint évêque, il prend occasion d'aigrir le prince: secondé par Jean Arcaph, chef des Mélétiens, et par une foule d'évêques et d'ecclésiastiques, qui cachant leur concert n'étaient que les échos d'Eusèbe, il dépeint Athanase comme un séditieux, un perturbateur de l'église, un tyran qui, à la tête d'une faction de prélats dévoués à ses caprices, régnait à Alexandrie et se faisait obéir le fer et le feu à la main. L'accusé se justifiait en rejetant toutes les injustices et les violences sur ses adversaires; et ses preuves étaient si bien appuyées, que l'empereur ne savait à quoi s'en tenir. Enfin Constantin lassé de ces incertitudes, mande pour dernière décision à Athanase, qu'il veut terminer toutes ces querelles; que l'unique moyen est de ne fermer à personne l'entrée de l'église; qu'aussitôt qu'Athanase connaîtra sa volonté par cette lettre, il se garde bien de rebuter aucun de ceux qui se présenteront; que s'il contrevient à ses ordres, il sera chassé de son siége. L'évêque, peu effrayé de la menace d'une déposition injuste, représente avec une fermeté respectueuse, quelle plaie ferait à l'église une aveugle indulgence pour des gens anathématisés par un concile œcuménique, dont ils éludent encore les décrets. L'empereur parut se rendre à la force de ses raisons.

XLII. Calomnies contre Athanase.

Athan. Apol. contr. Arian. t. 1, p. 130-138 et 177-180

Socr. l. 1, c. 27.

Theod. l. 1, c. 26 et 27.

Soz. l. 2, c. 22.

Philost. l. 2, c. 11.

L'équité du prince aigrissait le dépit d'Eusèbe. Il connaissait enfin Athanase; n'espérant plus le vaincre, il résolut de le perdre. Les chefs du parti Arien, concertés avec les Mélétiens qu'ils avaient gagnés par argent, font d'abord courir le bruit que son ordination est nulle, ayant été faite par fraude et par violence. Comme la fable imaginée sur ce point était démentie par l'évidence, et qu'il s'agissait de frapper l'esprit du prince, ils crurent ensuite plus à propos de lui supposer des crimes d'état. Ils l'accusèrent d'avoir, de sa pleine autorité, imposé un tribut aux Égyptiens, et d'exiger des tuniques de lin pour l'église d'Alexandrie. Les prêtres Apis et Macarius, qui se trouvaient alors à Nicomédie, ne furent pas embarrassés à justifier leur évêque: ils montrèrent à l'empereur que c'était une contribution libre, autorisée par l'usage pour le service de l'église. Les accusateurs, sans se rebuter, chargèrent le saint évêque de deux forfaits énormes. Le premier était un crime de lèse-majesté: il avait, disaient-ils, fomenté la révolte de Philuménus en lui fournissant de grandes sommes d'argent: ce rebelle, inconnu d'ailleurs, est peut-être le même que Calocérus[80]. L'autre crime attaquait Dieu même: voici le fait dont ils abusaient. Dans une contrée de l'Égypte, nommée Maréotique, voisine d'Alexandrie, était un certain Ischyras autrefois ordonné prêtre par Colluthus. Au concile d'Alexandrie tenu en présence d'Osius, les ordinations de cet hérésiarque avaient été déclarées nulles. Mais malgré la décision du concile, à laquelle Colluthus lui-même s'était soumis, Ischyras s'obstinait à exercer les fonctions sacerdotales. Athanase, faisant la visite de la Maréotique, lui envoya Macarius un de ses prêtres pour le sommer de venir comparaître devant l'évêque. Il était au lit malade; on se contenta de lui signifier l'interdiction, et l'affaire n'eut pas alors d'autre suite. Mais dans le temps qu'Eusèbe mendiait de toute part des accusations contre Athanase, Ischyras vint lui offrir ses services; ils furent acceptés; on lui promit un évêché: il déposa que Macarius par ordre de l'évêque s'était jeté sur lui, tandis qu'il célébrait les saints mystères; qu'il avait renversé l'autel et la table sacrée, brisé le calice, brûlé les livres saints. Sur des crimes si graves, Athanase fut mandé à la cour. L'empereur l'écouta, reconnut son innocence, le renvoya à Alexandrie, écrivit aux Alexandrins que les calomniateurs de leur évêque avaient été confondus, et que cet homme de Dieu (c'est le terme dont il se servit) avait reçu à sa cour le traitement le plus honorable. Ischyras méprisé de l'empereur et d'Eusèbe qu'il avait servi sans succès, vint se jeter aux pieds de son évêque, lui demandant pardon avec larmes. Il déclara en présence de plusieurs témoins par un acte signé de sa main, que son accusation était fausse, et qu'il y avait été forcé par trois évêques Mélétiens qu'il nomma. Athanase lui pardonna; mais sans l'admettre à la communion de l'église, qu'il n'eût accompli la pénitence prescrite par les canons.

[80] Cette conjecture est de Tillemont, t. IV, p. 262, éd. de 1723.—S.-M.

XLIII. Accusation au sujet d'Arsénius.