Constance était à Antioche. Il avait quitté Constantinople dès les premiers mois de cette année. En passant par Ancyre[152] il y entendit son panégyrique prononcé par le fameux sophiste Thémistius, qui, après avoir selon l'usage protesté de la vérité de ses éloges, débita beaucoup de mensonges à la louange de l'empereur. Les députés du concile de Sardique s'étaient rendus à Antioche avant Pâques; et ceux du concile de Milan dûrent y arriver avec Salianus au commencement de l'année suivante. Quelques auteurs prétendent que Salia alors consul avec Philippe, est le même que ce Salianus[153]. Mais la dignité consulaire ne paraît guère s'accorder avec cette députation. Philippe, l'autre consul, était d'une famille très-obscure. Un génie souple et intrigant l'avait élevé jusqu'à la charge de préfet d'Orient, qu'il posséda pendant plusieurs années. Il était vendu aux Ariens, et nous le verrons bientôt signaler son zèle en leur faveur par des crimes dont il fut mal récompensé. Constance, naturellement timide, ne reçut pas sans inquiétude les lettres menaçantes de son frère. Mais les Perses lui donnaient alors de plus vives alarmes.

[152] Constance était dans cette ville le 8 mars 347.—S.-M.

[153] Cette opinion est celle de Henri Valois dans une note sur Théodoret, l. 2, c. 8.—S.-M.

XLIX. Guerre de Perse.

Liban. Basil, t. 2, p. 123 et 128-133.

Amm. l. 18, c. 9.

Après le siége de Nisibe, ils étaient convenus d'une trève avec les Romains. Cependant Sapor, dont l'humeur guerrière n'était gênée par aucun scrupule, employait ce temps à faire de nouveaux efforts. Il enrôle tout ce qu'il a de sujets propres à porter les armes; les plus jeunes, pour peu qu'ils paraissent vigoureux, n'en sont pas dispensés. Les villes restent presque désertes. Il n'épargne pas même les femmes, qu'il oblige de suivre l'armée, et de porter le bagage. Il épuise de soldats les nations voisines, qu'il engage par prières, par argent, par force. Tout l'Orient s'ébranle et marche vers le Tigre. Constance de son côté rassemble les forces romaines, se met à leur tête et s'avance pour arrêter ce torrent. Il campe à six lieues[154] du fleuve, et porte des corps de troupes jusque sur les rives. Bientôt la poussière qui s'élève au-delà annonce l'approche des Perses; on entend le bruit des armes et le hennissement des chevaux. Constance, averti par ses coureurs, va lui-même reconnaître l'ennemi; il ordonne aux postes avancés de se replier, et de laisser le passage libre: N'empêchez pas même les Perses, leur dit-il, de prendre un terrain avantageux et de s'y retrancher: tout ce que je souhaite, c'est de les attirer au combat; et tout ce que je crains, c'est qu'ils ne prennent la fuite avant que d'en venir aux mains. Les Perses profitent de cette confiance; ils jettent trois ponts; ils mettent plusieurs jours et plusieurs nuits à passer le fleuve sans aucune inquiétude; et se retranchent près de Singara[155]. Dans cette ville se trouvait alors un officier de la garde nommé Elien; il n'avait avec lui qu'une troupe de nouvelles milices. Mais il sut leur inspirer tant de courage, qu'étant sortis pendant la nuit ils osèrent sous sa conduite pénétrer jusque dans le camp des Perses; ils les surprirent endormis sous leurs tentes, en égorgèrent un grand nombre, et se retirèrent sans perte avant que d'être reconnus. Cette action rendit ces soldats célèbres; on en composa deux cohortes sous les noms de Superventores et de Prœventores, qui rappelaient leur hardiesse. Elien fut honoré du titre de comte.

[154] A 150 stades selon Libanius, or. 3, t. 2, p. 131. ed. Morel.—S.-M.

[155] Ville au milieu de la Mésopotamie sur les bords du Chaboras, actuellement le Khabour. On la nomme à présent Sindjar.—S.-M.

L. Bataille de Singara.