Le 28 d'octobre Maxence entrait dans la septième année de son règne. Si l'on en veut croire Lactance, tandis que les deux armées étaient aux mains, ce prince, encore renfermé dans Rome, célébrait l'anniversaire de son avénement à l'empire, en donnant des jeux dans le cirque; et il ne fallut rien moins que les clameurs et les reproches injurieux du peuple pour le forcer à s'aller mettre à la tête de ses troupes. Mais les deux panégyristes, dont l'un parlait l'année suivante en présence de Constantin, et qui tous deux ne négligent rien de ce qui peut flétrir la mémoire du vaincu, ne lui imputent pas cet excès de lâcheté; Zosime s'accorde ici avec eux. Je vais donc suivre leur récit, comme le plus vraisemblable.

XIII. Bataille contre Maxence.

Incert. Pan. c. 16 et seq.

Nazar. Pan. c. 28 et seq.

Zos. l. 2, c. 16.

Maxence, qui ne se lassait pas d'immoler des victimes et d'interroger les aruspices, voulut enfin consulter l'oracle le plus respecté: c'était les livres des sibylles. Il y trouva que ce jour-là même l'ennemi des Romains devait périr. Il ne douta pas que ce ne fût Constantin; et sur la foi de cette prédiction, il va joindre son armée et lui fait passer le pont de bateaux. Pour ôter à ses troupes tout moyen de reculer, il les range au bord du Tibre. C'était un spectacle effrayant, et la vue d'une armée si belle et si nombreuse annonçait bien la décision d'une importante querelle. Quoique le front s'étendît à perte de vue, les files serrées, les rangs multipliés, les lignes redoublées et soutenues de corps de réserve, présentaient un mur épais qui semblait impénétrable. Constantin beaucoup plus faible en nombre, mais plus fort par la valeur et par l'amour de ses troupes, fait charger la cavalerie ennemie par la sienne, et en même temps fait avancer l'infanterie en bon ordre. Le choc fut terrible: les prétoriens surtout se battirent en désespérés. Les soldats étrangers firent aussi une vigoureuse résistance; il en périt une multitude innombrable, massacrés ou foulés aux pieds des chevaux. Mais les Romains et les Italiens, fatigués de la tyrannie et du tyran, ne tinrent pas long-temps contre un prince qu'ils désiraient d'avoir pour maître, et Constantin se montrait plus que jamais digne de l'être. Après avoir donné ses ordres, voyant que la cavalerie ennemie disputait opiniâtrement la victoire, il se met à la tête de la sienne; il s'élance dans les plus épais escadrons; les pierreries de son casque, l'or de son bouclier et de ses armes le montrent aux ennemis et les effraient: au milieu d'une nuée de javelots, il se couvre, il attaque, il renverse; son exemple donne aux siens des forces extraordinaires. Chaque soldat combat comme si le succès dépendait de lui seul, et qu'il dût seul recueillir tout le fruit de la victoire.

XIV. Fuite de Maxence.

Déja toute l'infanterie était rompue et en déroute: les bords du fleuve n'étaient plus couverts que de morts et de mourants; le fleuve même en était comblé et ne roulait que du sang et des cadavres. Maxence ne perdit point l'espérance, tant qu'il vit combattre ses cavaliers: mais ceux-ci étant enfin obligés de céder, il prit la fuite avec eux et gagna le pont de bateaux. Ce pont n'était ni assez large pour contenir la multitude des fuyards qui s'entassaient les uns sur les autres, ni assez solide pour les soutenir. Dans cet affreux désordre il se rompit, et Maxence enveloppé d'une foule de ses gens, tomba, fut englouti, et disparut avec eux.

XV. Suites de la victoire.

Incert. Pan. c. 18.