[164] La province d'Haschdian, nommée par les anciens Asthianène et Haustanitis, dans la quatrième Arménie, avait été, dans l'origine, seule affectée par Valarsace pour le séjour des branches collatérales de la famille des Arsacides. Mais par la suite leur postérité s'était tellement multipliée, que cette province ne put leur suffire. Au milieu du 2e siècle de notre ère, le roi Ardavazt II, et son frère Diran I, y joignirent les cantons d'Aghiovid ou Aliovid et d'Arhpérani voisins l'un de l'autre. Le premier dépendait de la province de Douroupéran, et l'autre du Vaspourakan. On peut consulter pour tous ces pays mes Mémoires historiques et géogr. sur l'Arménie, t. 1, p. 92, 101 et 131.—S.-M.
XIII. [Mort de Gnel.]
[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 15.
Mos. Chor. Hist. Arm. l. 3, c. 23.
Mesrob, Hist de Ners. c. 9.]
—[L'éloignement de Gnel, ne pouvait satisfaire son ennemi; possédé d'amour et de jalousie, c'était la mort de ce malheureux prince qu'il lui fallait. Comme le canton où Gnel s'était retiré n'était pas éloigné du lieu infâme où Arsace avait placé sa résidence, Dirith et Vartan purent souvent, au milieu de leurs orgies et de leurs parties de plaisirs, rappeler à Arsace le souvenir de Gnel, et renouveler leurs calomnies; enfin ils réussirent dans leur détestable projet. Sous le prétexte d'une grande chasse, indiquée pour les fêtes qui remplissaient toujours le commencement du mois de navasardi[165], époque du renouvellement de l'année arménienne qui s'effectuait alors au milieu de l'été, le roi résolut de se diriger vers Schahabivan[166], où se trouvait l'infortuné Gnel; un message expédié à la hâte, l'avertit de tout préparer pour recevoir le camp royal. Arsace espérait surprendre Gnel par une visite inattendue, et pouvoir traiter de lèse-majesté, un désordre dont lui seul aurait été cause. Il fut trompé, tout avait été disposé par Gnel pour recevoir dignement son souverain; mais la magnificence qu'il déploya en cette occasion servit plutôt à justifier qu'à détruire les injustes soupçons d'Arsace. Malgré les serments que le roi lui avait prodigués pour l'engager à venir sans crainte dans sa tente, la perte de Gnel fut résolue. Arsace n'eut pas honte de violer l'hospitalité qu'il recevait, et de faire lâchement assassiner son hôte au milieu des fêtes qu'il avait préparées lui-même. Une flèche décochée à dessein, devait frapper Gnel pendant la chasse royale. Il n'en fut point ainsi, il fallait que la mort de ce prince fût plus cruelle. On fêtait ce jour-là la mémoire de saint Jean-Baptiste; et le patriarche Nersès, venu avec la cour ainsi que son clergé, avait célébré pendant toute la nuit un office en l'honneur du saint, dans une tente réservée pour lui dans le camp. Gnel, après avoir pris part à ses prières, quitta le patriarche le matin pour aller rendre ses devoirs au roi; au moment où il se disposait à franchir le seuil de sa tente, les gardes l'arrêtent comme un traître, lui attachent les mains derrière le dos et le conduisent dans un lieu écarté, où ils lui tranchent la tête. Pharandsem accompagnait son mari: frappée de terreur en le voyant saisir par les gardes du roi, elle avait pris la fuite et s'était réfugiée auprès de Nersès, implorant sa protection pour Gnel, dont elle attestait l'innocence. Le patriarche récitait alors les prières du matin, il se dirigea sans tarder vers le pavillon royal. Arsace, encore couché, se douta en le voyant qu'il venait intercéder en faveur de Gnel; pour ne point se laisser fléchir, il feignit de dormir: Nersès essaie de le réveiller, il le prie, il le presse d'épargner un prince toujours fidèle, son parent, le sang de son propre frère. Arsace, la tête enveloppée dans son manteau, reste insensible à ses vives instances, gardant un silence obstiné. Il était difficile de prévoir comment se terminerait une telle scène, quand l'exécuteur vint annoncer au roi que ses ordres étaient accomplis. Nersès connut alors la triste vérité: transporté d'une sainte indignation, il se lève, et, prophétisant au roi les châtiments qu'il devait subir un jour, il le charge de ses imprécations et se retire en lançant contre lui un juste et terrible anathème. Arsace sentit, mais trop tard, et son erreur et l'énormité de son crime; ses yeux furent dessillés par les reproches du patriarche, et tandis que le peuple entier et les princes arméniens déploraient hautement le sort de Gnel, victime de la calomnie, et lui préparaient de magnifiques funérailles[167], Arsace mêlait ses larmes à leurs pleurs, invoquant la miséricorde divine. Pharandsem s'abandonnait de son côté à sa douleur; son voile déchiré, ses vêtements en désordre, son désespoir, ajoutaient encore à sa beauté. Arsace la vit en cet état, son cœur s'enflamma pour elle: il comprit alors toutes les intrigues qui avaient perdu Gnel et songea à le venger; mais ce prince, aussi faible que coupable, ne sut pas signaler son repentir autrement qu'en se souillant par de nouveaux crimes.
[165] L'ancienne année arménienne était vague et composée de 365 jours de sorte qu'après 1460 ans elle se retrouvait à son point de départ, après avoir parcouru toutes les saisons. Elle se divisait en douze mois de trente jours chacun, auxquels on ajoutait cinq jours complémentaires. Le premier de ces mois se nommait Navasardi, il commençait à cette époque au milieu de l'été vers le temps du solstice.—S.-M.
[166] Ce lieu est dans le canton d'Arhpérani.—S.-M.
[167] Gnel fut enterré, selon Moïse de Khoren (l. 3, c. 23) dans la ville royale de Zarischad (Faustus de Byzance, l. 4, c. 55, qui était située dans le canton d'Aghiovid. Voyez Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 106.—S-M.
XIV. [Arsace épouse Pharandsem, sa veuve.]