Mesrob, Hist. de Nersès, c. 2.]

—[Pendant tout ce temps, Arsace avait continué de persévérer dans son alliance avec le roi de Perse et de lui fournir des secours dans la guerre qu'il soutenait contre les Romains. Lors de l'expédition que Sapor entreprit dans la Mésopotamie en l'an 350, il fit prier le roi d'Arménie de venir le joindre avec toutes ses forces. Une armée nombreuse se réunit sous les ordres du connétable Vasag et se dirigea vers le midi. Arsace la rejoignit avec les principaux seigneurs arméniens, en prit le commandement et s'avança jusque sous les murs de Nisibe, où était le rendez-vous indiqué par Sapor. Les Arméniens y arrivèrent les premiers; surpris de ne pas y trouver les Perses, ils ne voulurent pas les attendre et ils marchèrent aux Romains, campés non loin de là et bien supérieurs en nombre. Arsace céda à l'impatience de ses soldats, et vaillamment secondé par Vasag, il obtint une victoire complète. Quand Sapor arriva, il fut si charmé du service signalé qu'Arsace lui avait rendu, qu'il s'empressa de lui en témoigner sa reconnaissance, par les magnifiques présents et par les honneurs dont il le combla, ainsi que les chefs arméniens.

XVI. [Brouilleries entre les deux rois.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 20.

Mesrob, Hist. de Nersès, c. 2.]

—[L'alliance des deux rois semblait cimentée pour jamais, Sapor ne cessait de montrer à Arsace des preuves de son amitié, et enfin, après avoir pris l'avis de son conseil, il se proposait pour resserrer encore leur union, de lui donner sa fille en mariage. Ce qui devait en apparence assurer leur bonne intelligence, fut au contraire la cause de leur rupture. Antiochus fut alarmé du projet de Sapor; voyant son crédit et l'état de sa fille fortement compromis s'il s'exécutait, il prit ses mesures pour y mettre obstacle. Tandis que Sapor pressait Arsace de le suivre dans l'Assyrie pour y jouir des honneurs qu'il lui préparait et pour y devenir l'époux de sa fille, Antiochus avisait au moyen de les rendre irréconciliables. Il parvint à force d'argent à corrompre un des conseillers de Sapor, qui s'introduit mystérieusement dans le camp d'Arsace, et lui fait part des prétendues trahisons que le roi de Perse machinait contre lui, ajoutant qu'elles ne tarderaient pas d'être mises à exécution, et qu'il ne lui restait que le temps d'y échapper par la fuite. Arsace récompense cet officieux conseiller, et, saisi d'une terreur panique, il s'empresse de faire connaître à ses généraux l'avis important qu'il vient de recevoir. Ceux-ci, déja impatients de rentrer dans leur patrie, furent tous d'avis de partir sans différer: on décampe au milieu de la nuit, on abandonne précipitamment les tentes et la plupart des objets qu'elles contenaient; on n'emporte que les armes. Arsace était déja bien loin avant que les Perses s'aperçussent de sa retraite précipitée. Ils n'en furent avertis qu'au lever de l'aurore; ils durent être étonnés d'une fuite aussi prompte et que rien ne paraissait motiver. Le roi, mieux instruit de la faiblesse et de la versatilité d'Arsace, soupçonna les causes d'une conduite aussi étrange; et, pour ne pas jeter le trouble dans son armée, il feignit de croire que c'était une opération concertée entre eux, puis il dépêcha un messager chargé de rassurer Arsace par les plus grands serments pour l'engager à revenir et le prémunir contre les faux rapports qui lui avaient été faits. Les instances de cet envoyé furent inutiles; les terreurs d'Arsace l'emportèrent encore une fois sur les protestations de Sapor, il continua sa marche vers ses états, et depuis il n'eut plus aucune relation d'amitié avec ce prince.

XVII. [Arsace fait assassiner Vartan envoyé de Sapor.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4. c. 18.

Mos. Khor. Hist. Arm. l. 3, c. 25.]

—[Sapor n'avait cependant pas encore perdu tout espoir de détruire les préventions d'Arsace, et de l'engager à rentrer dans son alliance. Vartan le Mamigonien vint en Arménie avec des lettres du roi de Perse, remplies des plus fortes assurances de son attachement. Arsace allait encore donner une nouvelle preuve de son inconstance; il avait de l'inclination pour Vartan, il n'en fallait pas davantage pour le gagner et le faire consentir à renouer avec Sapor. Arsace, ébranlé, était près de céder, quand le connétable Vasag revint à la cour: il suffit de sa présence pour tout changer. Il convainquit sans peine le roi que Vartan était un traître, dont le dessein secret était de le livrer au prince persan, et qu'il devait se hâter de s'en défaire, s'il ne voulait perdre et lui et l'Arménie. La reine, qui avait beaucoup de pouvoir sur l'esprit d'Arsace, acheva de le persuader; elle n'avait pas oublié la part que Vartan avait prise au meurtre de Gnel, et d'ailleurs redoutant pour elle et pour son père les conséquences de l'alliance persanne, elle se joignit à Vasag. Ils l'emportèrent dans l'esprit irrésolu du roi, la mort de Vartan fut décidée, le caractère d'ambassadeur ne put le protéger contre la jalousie et la haine de son frère, qui ne tarda pas à le faire assassiner en vertu des ordres d'Arsace. Ce dernier attentat acheva de rendre les deux rois irréconciliables.