—[Le patriarche avait obtenu un plein succès, dans la nouvelle négociation dont il avait été chargé par son souverain. Constance accueillit sa demande, et lui accorda facilement pour épouse la fiancée de son frère. Il la fit conduire avec honneur en Arménie. C'est d'elle qu'Arsace tenait les biens qu'il possédait dans l'empire; ces biens qui par la volonté de Constance avaient été affranchis de tous les droits qui pesaient sur les autres terres, et assimilés à celles qui faisaient partie du domaine impérial, ou des possessions de la famille régnante. Arsace fut infiniment touché de la faveur insigne que l'empereur lui avait faite, en lui permettant d'épouser une personne qu'on regardait comme une princesse du sang impérial[176]. La satisfaction qu'il en ressentit rendit plus vif l'amour qu'il avait conçu pour sa nouvelle épouse; car c'est à elle qu'il rapportait avec raison le mérite des honneurs dont Constance le comblait. Ce mariage qui faisait la joie de l'Arménie et de son souverain, n'avait pas été envisagé de la même façon dans l'empire. On y blâmait Constance d'avoir livré sans pudeur à un Barbare, une illustre princesse, qui avait été, pour ainsi dire, l'épouse de son frère. Ce mariage dut se conclure peu de temps avant l'an 358, puisqu'il en est fait mention dans l'apologie que saint Athanase publia en cette année, pour se défendre contre les Ariens. Il en parle comme d'un événement récent, dont il fait un reproche à Constance. C'est ainsi que le roi d'Arménie s'était allié à la famille impériale. Sans tous ces détails, il aurait été impossible de rien comprendre à ce que les anciens nous ont appris des rapports d'Arsace avec Constance et avec ses successeurs, ou de rectifier les erreurs qui se sont introduites dans les récits des historiens modernes. Après avoir fait connaître l'état des affaires dans l'Orient, et après en avoir amené le récit jusqu'à l'époque où nous nous trouvons, nous allons reprendre le fil de la narration.]—S.-M.
[176] Faustus de Byzance (l. 4, c. 15), et Moyse de Khoren (l. 3, c. 21) disent l'un et l'autre qu'Olympias était de la famille impériale.—S.-M.
XXIV. Ambassade de Sapor à Constance.
Amm. l. 17. c. 5.
Themist. or. 4. p. 57.
[Idat. chron.]
Zon. l. 13, t. 2, p. 19.]
Sapor était encore aux extrémités de la Perse, où il venait de terminer la guerre, contre ses voisins[177], lorsqu'il reçut la lettre de son général qui[178], pour flatter sa fierté, lui mandait que le prince romain le priait avec instance de lui accorder la paix. Le monarque persan, prenant cette prière pour une marque de faiblesse, enfle ses prétentions et veut vendre la paix à des conditions exorbitantes. Il écrit à Constance une lettre pleine de faste et d'orgueil: il s'y donnait les titres de roi des rois[179], d'habitant des astres, de frère du soleil et de la lune[180]. Après l'avoir félicité d'avoir pris le parti de la négociation, il lui déclarait qu'il était en droit de redemander le patrimoine de ses ancêtres, qui s'était étendu jusqu'au fleuve Strymon et aux frontières de la Macédoine; qu'étant supérieur à ses prédécesseurs en vertu et en gloire, il pouvait légitimement prétendre à tout ce qu'ils avaient possédé; que, par un effet de sa modération naturelle, il se contenterait de l'Arménie et de la Mésopotamie qu'on avait surprises sur son aïeul Narsès; que jamais les Perses n'avaient adopté cette maxime sur laquelle les Romains fondaient toutes leurs victoires, qu'il fût indifférent dans la guerre de réussir par la supercherie ou par la valeur. Il l'exhortait à sacrifier une petite portion de l'empire, toujours arrosée de sang, pour posséder tranquillement le reste, et à suivre l'exemple de ces animaux qui sentant ce qui attire après eux les chasseurs, s'en défont volontairement et l'abandonnent pour se délivrer de la poursuite: il finissait par menacer Constance d'entrer au printemps sur les terres de l'empire avec toutes ses forces, et de se faire à main armée la justice qu'on lui aurait refusée. L'ambassadeur, nommé Narsès, porteur de ces lettres et de quelques présents, passa par Antioche. Il était chargé d'une autre lettre pour Musonianus; le roi recommandait à celui-ci de disposer son maître à lui donner satisfaction. Narsès arriva à Constantinople le 23 février, et continua sa route jusqu'à Sirmium, où Constance était revenu sur la fin de l'année précédente.
[177] Les Chionites, les Eusènes et les Gélanes. Voyez ci-devant, l. IX, § 30, p. 177, note 1.—S.-M.
[178] Tamsapor. Voyez ci-devant, l. IX, § 30.—S.-M.