Cellar. geog. ant. t. 1, p. 446.
Ce trait de clémence attira plusieurs rois barbares. Araharius et Usafer, l'un chef d'une partie des Quades Ultramontains[186], l'autre d'un canton de Sarmates, tous deux unis par le voisinage et par une égale férocité, se rendirent au camp à la tête de tous leurs sujets[187]. A la vue de cette multitude, l'empereur craignant quelque surprise, ordonna aux Sarmates de se tenir à l'écart, tandis qu'il donnerait audience aux Quades. Ceux-ci debout, la tête baissée, avouèrent qu'ils méritaient toute la colère des Romains, et demandèrent grâce. On les obligea de donner des otages, ce qu'ils n'avaient jamais fait jusqu'alors. Cette affaire étant réglée, Constance fit approcher Usafer et sa troupe. Il s'éleva pour lors un débat nouveau et singulier. Araharius prétendait que ce prince étant son vassal, il était compris dans le traité qu'on venait de conclure avec lui; et en conséquence, il s'obstinait à ne pas permettre qu'Usafer traitât séparément et en son propre nom[188]. L'empereur s'étant porté pour juge, prononça que les Sarmates, en vertu de leur soumission aux Romains, seraient affranchis de toute autre dépendance, et il leur accorda les mêmes conditions qu'aux Quades. Il déclara libres et indépendants de tout autre que des Romains une peuplade de Sarmates, qui, chassés vingt-quatre ans auparavant par leurs esclaves nommés Limigantes, s'étaient retirés chez les Victohales qui leur avaient cédé une partie de leur terrain à titre de servitude. Devenus en cette occasion alliés des Romains, ils demandaient à rentrer dans leur ancienne franchise. Constance, pour mieux assurer leur liberté, leur donna un roi[189]: ce fut Zizaïs, qui par une fidélité constante se montra dans la suite digne de ce bienfait. L'empereur ne permit à aucun de ces Barbares de retourner dans leur pays, qu'après qu'ils eurent rendu tous les prisonniers, comme on en était convenu. Il restait encore un canton de Quades à subjuguer, sur les bords du Danube, vis-à-vis de Brégétion, qu'on croit être aujourd'hui la ville de Gran[190], ou celle de Komore dans la basse Hongrie. Constance y marcha: aussitôt que son armée parut dans le pays, Vitrodore, chef de cette nation, fils de Viduaire, Agilimond son vassal et plusieurs seigneurs[191] vinrent se jeter aux pieds des soldats, donnèrent leurs enfants en ôtage, et firent serment de fidélité sur leurs épées, qui tenaient à ces peuples lieu de divinités. On ne cessait de voir arriver des contrées les plus septentrionales diverses bandes de différentes nations à la suite de leurs princes. Ils venaient demander la paix; ils offraient en ôtages les enfants des seigneurs les plus distingués, et ils ramenaient les prisonniers romains. Tous ces Barbares, comme de concert, venaient se soumettre avec autant d'empressement qu'ils en avaient auparavant montré à courir aux armes.
[186] Transjugitani. Ammien Marcellin désigne sans doute par ce nom, les peuples qui habitaient au-delà des monts Crapacks, dans les pays qui forment actuellement la Pologne autrichienne.—S.-M.
[187] Advolarunt regales cum suis omnibus Araharius et Usafer, inter optimates excellentes, agminum gentilium duos, quorum alter Transjugitanorum Quadorumque parti, alter quibusdam Sarmatis præerat. Amm. Marcel. l. 17, c. 12.—S.-M.
[188] Ce fait est très-remarquable, en ce qu'il montre qu'il existait des usages féodaux, parmi les nations scythiques ou gothiques qui habitaient les bords du Danube.—S.-M.
[189] Genti Sarmatarum, magno decore, considens apud eos, regem dedit. Aur. Victor. de Cæs. p. 181.—S.-M.
[190] Il est assez probable que la position de Brégétion correspond à celle de Gran sur le Danube. Cette détermination s'accorde mieux avec les détails fournis par les anciens itinéraires, que celle qui placerait cette ville à Comore.—S.-M.
[191] Regalis Vitrodorus Viduarii filius regis, et Agilimundus subregulus, aliique optimates et judices variis populis præsidentes. Amm. Marc. l. 17, c. 12.—S.-M.
XXIX. Constance marche contre les Limigantes.
Amm. l. 17, c. 13.