[285] Jusque dans la salle du conseil, selon Ammien Marcellin, où ils le trouvèrent revêtu des marques de sa dignité. In consistorium fulgentem eum augusto habitu conspexissent, l. 20, c. 4.—S.-M.

XI. Il harangue les soldats.

Amm. l. 20, c. 5.

Les troupes que conduisait Sintula, ne s'éloignaient qu'à regret. Au premier moment qu'elles apprirent ce qui se passait à Paris, elles retournèrent sur leurs pas, et vinrent rejoindre leurs camarades. Leur chef fut obligé de les suivre. Le lendemain de leur arrivée, au point du jour, le prince fit assembler toute l'armée dans le champ de Mars[286]; c'était une plaine destinée aux exercices, vers l'endroit où fut depuis bâtie la porte de Saint-Victor. S'étant rendu en ce lieu avec toute la pompe de sa nouvelle dignité, environné des aigles romaines et d'une garde nombreuse, il monta sur un tribunal. Après un silence de quelques moments, pendant lesquels il considérait leur contenance, où il voyait éclater l'ardeur et la joie, il leur parla en ces termes: «Braves et fidèles défenseurs de l'état et de ma personne, après vous être tant de fois exposés avec moi pour le salut de ces provinces, vous avez couronné mon zèle en m'élevant au comble des grandeurs; je dois à mon tour récompenser le vôtre. Presque au sortir de l'enfance, revêtu de la pourpre qui ne m'était donnée que comme une vaine parure, la providence des Dieux, vous le savez, me mit entre vos mains. Depuis ce moment jamais je ne me suis écarté des lois étroites que je m'étais imposées; et mon exemple vous a dicté vos devoirs. Toujours à votre tête, dans une province désolée, sur une terre teinte du sang de ses habitants, couverte des ruines et des cendres de ses villes, lorsque tant de nations féroces, le fer et le feu à la main, nous enveloppaient de toutes parts, j'ai partagé tous vos travaux, tous vos périls. Combien de fois dans la saison même où la rigueur du froid suspend les opérations de la guerre sur terre et sur mer, avons-nous relancé jusque dans leurs affreuses retraites les Allemans auparavant indomptés! Souvenez-vous de ce jour glorieux qui éclaira votre victoire dans les plaines de Strasbourg [Argentoratum], et qui rendit pour toujours à la Gaule son ancienne liberté. Vous me vîtes alors braver mille fois la mort; et je vous vis pleins de force et de courage terrasser des ennemis désespérés. Je les vis tomber sous vos coups ou se précipiter dans le fleuve; et nous ne laissâmes sur le champ de bataille qu'un petit nombre des nôtres, plus dignes de nos éloges que de nos larmes, et que nous honorâmes par des funérailles plus glorieuses pour eux que la pompe d'un triomphe. Après tant d'actions célèbres ne craignez pas que votre mémoire périsse jamais. Il ne nous reste plus à vous et à moi qu'une chose à faire: à vous de maintenir votre ouvrage, et de défendre contre ses ennemis celui que vous avez élevé; à moi, de payer vos services, et d'écarter les intrigues qui pourraient vous frustrer des récompenses qui vous sont dues. Je déclare donc aujourd'hui, comme une loi irrévocable, et je vous en prends à témoin, que désormais personne ne pourra sur aucune autre recommandation que celle de ses services, obtenir aucun office civil ni militaire; et que quiconque osera solliciter pour un autre une pareille faveur, ne remportera que la honte d'un refus». Ce discours anima le courage des simples soldats, qui se voyaient depuis long-temps exclus des emplois militaires et des récompenses: tous unanimement applaudirent par des cris de joie, en frappant de leurs piques sur leurs boucliers. Mais cette loi nouvelle gênait l'ambition des officiers; et pour essayer de la détruire dès sa naissance, les chefs des deux légions gauloises[287] qui venaient de se signaler en faveur de Julien lui demandèrent sur-le-champ même des gouvernements pour leurs commissaires des vivres[288]. Julien de son côté saisit cette première occasion d'affermir sa loi par un exemple: leur demande fut rejetée, et ils furent assez raisonnables pour ne pas s'en offenser.

[286] Cuncti convenirent in Campo. Rien n'indique précisément qu'il ait jamais existé auprès de Paris, un lieu appelé Champ-de-Mars. Le nom de campus peut s'appliquer à tout endroit employé aux exercices militaires et voisin d'une station militaire. Le campus ou lieu destiné à cet usage auprès de Paris, paraît avoir été situé dans l'emplacement où se trouve actuellement le jardin du Luxembourg. Les débris de poteries romaines qui y ont été trouvées en grand nombre, et d'autres objets antiques qui y ont été recueillis, semblent le prouver. Cette opinion paraît au reste plus vraisemblable, que le système adopté par Lebeau, et selon lequel, on mettrait cet emplacement sur le lieu, où fut l'ancienne porte St.-Victor, dans une situation élevée et difficile, nullement propre aux exercices militaires. Voyez l'Histoire de Paris, par M. Dulaure, c. 3, § 4.—S.-M.

[287] Il n'est pas dit dans Ammien Marcellin que ce fussent les chefs, mais bien les légions des Pétulants et des Celtes, qui demandèrent elles-mêmes cette faveur. Pro Actuariis obsecravere Petulantes et Celtæ, recturi quas placuisset provincias mitterentur, l. 20, c. 5.—S.-M.

[288] Actuariis.—S.-M.

XXI. Clémence de Julien envers les officiers de Constance.

Amm. l. 20, c. 8 et 9.

Jul. ad Ath. p. 281.