Socr. l. 3, c. 1.
Zon. l. 13, t. 2, p. 24.
La mort de Constance était un événement si imprévu et si heureux, pour le nouvel empereur, que la plupart des amis de Julien n'osaient la croire. C'était, à leur avis, une fausse nouvelle, par laquelle on voulait endormir sa vigilance, et l'attirer dans un piége. Pour vaincre leur défiance, Julien leur mit sous les yeux une prédiction plus ancienne, qui lui promettait la victoire sans tirer l'épée. Cette prétendue prophétie, qui pour des esprits raisonnables aurait eu besoin d'être confirmée par le fait, y servit de preuve. Julien, exercé depuis long-temps à prendre toutes les formes convenables aux circonstances, n'oublia pas de se faire honneur en versant quelques larmes, que ses panégyristes ont soigneusement recueillies: il recommanda qu'on rendît au corps de Constance tous les honneurs dus aux empereurs; il prit l'habit de deuil; il reçut avec un chagrin affecté les témoignages de joie de toutes ses légions, qui le saluèrent de nouveau du titre d'Auguste. Il marcha aussitôt, traversa sans obstacle le défilé de Sucques, passa par Philippopolis, et vint à Héraclée[353]. Tous les corps de troupes envoyés pour lui disputer les passages, se rangeaient sous ses enseignes; toutes les villes ouvraient leurs portes et reconnaissaient leur nouveau souverain. Les habitants de Constantinople vinrent en foule à sa rencontre. Il y entra le 11 de décembre, au milieu des acclamations du peuple, qui se mêlant parmi ses soldats le considérait avec des transports d'admiration et de tendresse. On se rappelait qu'il avait reçu dans cette ville la naissance et la première nourriture: on comparait avec sa jeunesse, avec son extérieur qui n'annonçait rien de grand, tout ce qu'avait publié de lui la renommée, tout ce qu'on voyait exécuté; tant de batailles et de victoires; la rapidité d'une marche pénible, semée de périls et d'obstacles qui n'avaient fait qu'accroître ses forces; la protection divine qui le mettait en possession de l'empire sans qu'il en coûtât une goutte de sang. Le concours de tant de circonstances extraordinaires frappait tous les esprits[354]: on formait les plus heureux présages d'un règne qui s'était annoncé par tant de merveilles.
[353] Cette ville, située sur la Propontide, actuellement mer de Marmara, était à une vingtaine de lieues à l'ouest de Constantinople. Elle avait porté antérieurement le nom de Périnthe. On trouve souvent les deux noms réunis dans les auteurs. Elle avait été long-temps la métropole de la portion de la Thrace, qui se nommait Europe. Du temps de Procope (de ædif. L. 4, c. 9), elle tenait le premier rang après Constantinople.—S.-M.
[354] Paulò ante in laceratis Galliæ provinciis lapsus, inimicorum capitalium apertis armis, et occultis insidiis petebatur; in pauculis mensibus, divino munere, Libyæ, Europæ, Asiæque regnator est. Mamert. Pan. c. 27.—S.-M.
II. Caractère de Julien.
Amm. l. 25, c. 4.
Ses officiers et ses soldats, témoins de la conduite qu'il avait tenue dans la Gaule, confirmaient ces belles espérances: ils promettaient un empereur égal aux Titus, aux Trajans, aux Antonins: ils ne cessaient de louer sa tempérance, sa justice, sa prudence et son courage: ils le représentaient sobre, chaste, vigilant, infatigable, affable sans bassesse, gardant sa dignité sans orgueil, montrant dans la plus vive jeunesse toute la maturité d'un vieillard consommé dans les affaires; plein d'équité et de douceur, même à l'égard de ses ennemis; sachant allier la sévérité du commandement avec une bonté paternelle; détaché des richesses, des plaisirs, de lui-même; ne vivant, ne respirant que dans ses sujets, dont il partageait tous les maux, pour leur communiquer tous ses biens. Ils racontaient ses combats; combien de fois l'avaient-ils vu, soldat en même temps que capitaine, tantôt attaquer l'épée à la main les plus redoutables ennemis, tantôt arrêter la fuite des siens en leur opposant sa personne, et toujours déterminer la victoire autant par ses actions que par ses ordres? Ils relevaient son habileté dans les campements, dans les siéges, dans la disposition des batailles; la force de ses paroles et plus encore de ses exemples capables d'adoucir les plus extrêmes fatigues, et d'inspirer le courage dans les plus grands périls; sa libéralité qui ne lui laissait de trésors que ceux qu'il avait placés entre les mains de ses peuples. Quel bonheur pour l'empire, où il allait répandre les mêmes biens qu'il avait procurés à la Gaule! Ces éloges étaient véritables; et il faut avouer que si l'on retranche la superstition et la bizarre affectation de philosophie, Julien César fut le modèle des empereurs les plus accomplis. Mais il paraît que tant de qualités brillantes étaient accommodées au théâtre, et quelles n'avaient pour la plupart d'autre source que la vanité et peut-être la haine qu'il portait à Constance; et je ne sais si l'on ne peut pas dire qu'il doit à ce prince presque toutes ses vertus, comme tous ses malheurs. Son antipathie pour le meurtrier de sa famille, l'éloigna de tous les vices de Constance: il n'en fallait guère davantage pour faire un grand prince. Les faits justifient ce que j'avance. Sa conduite équivoque dans la rébellion, le rend d'abord suspect: la guerre ouverte qu'il entreprit ensuite contre son empereur, démasque son infidélité et son ambition: celle qu'il déclara au christianisme montre une malice réfléchie, qui se portait à la cruauté, quand elle en pouvait éviter le reproche: enfin, son expédition contre les Perses, en lui laissant la gloire du courage, lui enlève entièrement le mérite de la prudence.
III. Funérailles de Constance.
Amm. l. 21, c. 16.