Jul. ep. 23, p. 389.

Liban. or. 10, t. 2, p. 298.

[Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 91.

Soz. l. 5, c. 10.

Theoph. p. 39.]

Cod. Th. l. 9, t. 42, leg. 5.

Till. Julien, note 5.

La faveur de ceux qui avaient abusé de la faiblesse de Constance, ne devait pas lui survivre. Julien forma une chambre de justice à Chalcédoine, établissement souvent utile après un mauvais gouvernement, mais toujours dangereux, et qui exige de la part du prince beaucoup de sagesse pour ne rien donner à la passion, de lumières pour bien choisir les juges, et de vigilance pour éclairer par lui-même leur conduite et contrôler leurs jugements. Il paraît que ces qualités manquèrent à Julien dans cette occasion. Il nomma pour président Salluste Second [Sallustius Secundus], différent de l'autre Salluste qu'il avait laissé dans la Gaule. Il ne pouvait faire un meilleur choix: c'était un homme sage et modéré qu'il venait d'élever à la dignité de préfet du prétoire d'Orient en la place d'Helpidius. Mais il lui donna pour assesseur Arbétion, qui aurait dû des premiers éprouver la sévérité de ce tribunal. Ce politique corrompu, auteur de tant de sourdes intrigues, autrefois ennemi de Gallus et de Julien même, avait déja su par sa souplesse surprendre la confiance du nouvel empereur. Il était l'ame de la commission[355]; les autres n'agissaient qu'en sous-ordre: c'étaient Mamertinus, Agilon, Névitta, Jovinus, depuis peu général de la cavalerie en Illyrie[356], et les principaux officiers des deux légions qui portaient le nom de Joviens et d'Herculiens. Ces commissaires, s'étant transportés à Chalcédoine, montrèrent plus de rigueur que de justice. Entre un assez grand nombre de coupables, ils confondirent plusieurs innocents. Les deux consuls furent les premiers sacrifiés à la haine de Julien. Florentius l'avait bien méritée: il fut condamné à mort; mais il avait pris la précaution de se sauver avec sa femme dès la première nouvelle de la mort de Constance, et il ne reparut jamais[357]. Quelque temps après, deux délateurs[358] étant venus offrir à Julien de lui découvrir le lieu où Florentius était caché, il les rebuta avec mépris, en leur disant qu'il était indigne d'un empereur de profiter de leur malice pour découvrir l'asyle d'un misérable, que la crainte de la mort punissait assez. Taurus fut exilé à Verceil [Vercellum]. On lui fit un crime d'avoir été fidèle à son maître, en quittant l'Italie lorsqu'elle s'était déclarée pour Julien. C'était la première fois qu'on voyait une sentence de condamnation datée du consulat de ceux même qui en étaient l'objet[359], et ce contraste faisait horreur. On exila Palladius dans la Grande-Bretagne, sur le simple soupçon qu'il avait envoyé à Constance des mémoires contre Gallus. Pentadius fut accusé d'avoir prêté son ministère pour faire périr Gallus: il prouva qu'il n'avait fait qu'obéir, et fut renvoyé absous. Florentius maître des offices, fils de Nigrinianus, fut relégué dans l'île de Boa[360], sur les côtes de Dalmatie. Evagrius, receveur du domaine[361]; Saturninus, qui avait été maître du palais[362], et Cyrinus, secrétaire[363] du défunt empereur, éprouvèrent le même sort: on les accusa d'avoir tenu des discours injurieux au prince régnant, et d'avoir tramé des complots contre lui après la mort de Constance: ils furent condamnés sans avoir été convaincus. La vengeance publique triompha par la punition de trois fameux scélérats: l'agent[364] Apodémius, le délateur Paul surnommé la Chaîne, et le grand-chambellan Eusèbe, cet esclave impérieux qui s'était rendu le maître de l'empereur, et le tyran de l'état, furent brûlés vifs; et l'on regretta, dit un auteur[365], de ne pouvoir leur faire subir cet horrible supplice autant de fois qu'ils l'avaient mérité. Mais la justice elle-même pleura[366] la mort d'Ursule, trésorier de l'épargne[367], envers lequel Julien se rendit coupable de la plus noire ingratitude. Lorsque Constance l'avait envoyé dans la Gaule sans argent, et sans aucun pouvoir d'en toucher, afin de lui ôter le moyen de s'attacher le cœur des soldats, Ursule avait secrètement donné ordre au trésorier[368] de la province de fournir au César toutes les sommes qu'il demanderait. Julien s'apercevant que cette mort injuste révoltait tous les esprits, prétendit s'en disculper en faisant courir le bruit, qu'il n'y avait aucune part, et qu'Ursule avait été à son insu la victime du ressentiment des soldats, qu'il avait offensés l'année précédente à l'occasion des ruines d'Amid. Il crut accréditer ce prétexte en laissant à la fille d'Ursule une partie de l'héritage de son père. Mais n'était-ce pas se démentir, que de n'en laisser qu'une partie? Les biens des autres furent confisqués; et peu de temps après, comme plusieurs personnes tâchaient par des fraudes charitables de mettre à couvert les débris de la fortune de tant de malheureux, il condamna par une loi les receleurs à la confiscation de leurs propres biens, s'ils en avaient, et à la peine capitale, s'ils étaient pauvres.

[355] Le choix de cet homme peu estimé faisait imputer à Julien un défaut de vigueur ou de lumières. Ideoque timidus videbatur, vel parùm intelligens quid conveniret, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 3.—S.-M.

[356] Magister equitum per Illyricum. Amm. Marc. l. 22, c. 3.—S.-M.