Amm. l. 16, c. 10; l. 17, c. 7; l. 21, c. 6.

Ath. ad monach. hist. Arian. c. 6, t. 1, p. 347.

Zos. l. 3. c. 1 et 2.

Vict. epit. p. 227 et 228.

Suid. in Λεόντιος.

Pendant que Magnence, retiré dans les Alpes, était livré aux noirs accès d'une farouche mélancolie, Constance, qui depuis quelques années avait perdu sa première femme, ajoutait à la joie de sa victoire celle d'un second mariage. Il épousa Eusébia qu'il envoya chercher à Thessalonique, où elle était née. Toute la magnificence impériale éclata dans ce voyage. Eusébia était fille d'un consulaire, dont on ignore le nom: on sait seulement qu'il fut le premier de sa famille honoré du consulat. La mère d'Eusébia, devenue veuve à la fleur de son âge, s'était étudiée à lui donner une éducation brillante: cette jeune fille avait reçu de la nature toutes les grâces de la beauté; elle y joignit les avantages que procure le savoir, quand il cherche à nourrir l'esprit, plutôt qu'à se répandre. Elle était insinuante, adroite, persuasive; qualités dangereuses dans la femme d'un souverain, lorsqu'elles ne se rencontrent pas avec les vertus que Julien attribue à Eusébia. Ce prince qui lui fut redevable de sa fortune, et peut-être de la vie, a composé son panégyrique. Il y relève la pureté de ses mœurs, sa tendresse pour son mari, sa droiture, son humeur bienfaisante et généreuse. Il lui fait même un mérite de ce qui pourrait également fonder un reproche; il dit qu'elle employait tout le crédit qu'elle avait sur son mari à obtenir la grace des coupables; et que dès qu'elle se vit à la source des faveurs, elle les versa abondamment sur ses parents et sur les amis de sa famille. Mais la noire jalousie qui la porta dans la suite aux plus affreux excès contre Hélène, femme de Julien lui-même, dément une grande partie de ces éloges. Un auteur plus impartial l'accuse d'avoir pris trop d'empire sur son mari, et d'avoir fait tort à la réputation de Constance par les intrigues des femmes qui la servaient, et qui entrèrent aussi-bien qu'elle trop avant dans les affaires du gouvernement. Elle conserva cet ascendant tant qu'elle vécut; et Constance, pour lui faire honneur, forma un nouveau département, qu'il nomma Pietas: ce mot exprime en latin ce que signifie en grec le nom d'Eusébia. Ce diocèse comprenait la Bithynie; il n'en est plus parlé depuis la mort de Constance. Eusèbe et Hypatius, tous deux frères d'Eusébia, furent consuls en 359. On ne peut s'empêcher de croire qu'elle s'entendait parfaitement avec son mari pour favoriser l'arianisme; et saint Athanase dit que les Ariens trouvaient un puissant appui dans les femmes de la cour. Cette princesse était fière, et sa fierté fut un jour rudement heurtée par celle de Léontius, Arien, évêque de Tripoli en Lydie. Les Ariens étaient assemblés en concile, et les évêques s'empressaient de rendre à l'impératrice une espèce d'adoration qu'elle recevait avec hauteur. Léontius se dispensa seul de ces hommages, et n'alla point au palais. La princesse, piquée d'un mépris si marqué, lui en fait faire des reproches; elle offre de lui bâtir une grande église, et de le combler de présents s'il vient lui rendre visite: Dites à l'impératrice, répondit Léontius, qu'en exécutant ce qu'il lui plaît de promettre, elle ne ferait rien pour moi; tous ces bienfaits tourneraient à l'avantage de son ame. Si elle veut une visite de ma part, qu'elle la reçoive avec les égards qu'elle doit aux évêques. Quand j'entrerai, qu'elle se lève aussitôt de son siége; qu'elle vienne au-devant de moi, et qu'elle s'incline profondément pour recevoir ma bénédiction. Je m'asseyerai ensuite, et elle se tiendra debout dans une contenance modeste, jusqu'à ce que je lui fasse signe de s'asseoir. A ces conditions j'irai la voir; autrement, elle n'est ni assez puissante ni assez riche pour m'engager à trahir la majesté du caractère épiscopal. Un cérémonial si nouveau, et prescrit avec tant d'arrogance, révolta l'impératrice: elle se répand en menaces, et, pour les effectuer, elle court à son mari; elle se plaint amèrement de l'insolence du prélat, elle exige une prompte vengeance. Constance craignait encore plus les évêques qu'il ne craignait sa femme: loin de la satisfaire, il fit de grands éloges de Léontius, qui en méritait aussi peu que la princesse. L'empereur se ressentit lui-même dans la suite de cette dureté, qu'il appelait une liberté apostolique. Un jour qu'il était assis entre plusieurs évêques, et qu'il proposait quelques réglements ecclésiastiques, dont il ne se mêlait que trop, tandis que les autres prélats applaudissaient à l'envi à toutes ses paroles, Léontius gardait un profond silence. Constance, avide de louanges, lui en demanda la cause. Je m'étonne, dit brusquement Léontius, que chargé des affaires de la guerre et du gouvernement civil, vous vous ingériez de régler la conduite des prélats sur des objets qui sont uniquement de leur compétence. Il n'en fallut pas davantage pour intimider Constance; il n'osa plus faire de leçons aux évêques ariens, et se contenta de persécuter les prélats catholiques.

II. Il poursuit les partisans de Magnence.

Amm. l. 14, c. 5.

Zos. l. 2, c. 55.

[Liban. or. 10. t. 2, p. 285 et 286, ed. Morel.]