Constance frappé de tant de merveilles accusait la renommée d'injustice et de jalousie à l'égard de Rome, dont, disait-il, elle diminuait les beautés, tandis qu'elle se plaît à exagérer tout le reste. Il voulut payer à cette ville le plaisir qu'elle lui avait procuré, et y ajouter quelque nouvel ornement. Auguste y avait fait transporter d'Héliopolis, ville de la basse Égypte, deux obélisques, dont l'un avait été placé dans le grand cirque, l'autre dans le champ de Mars. Il en était resté un troisième plus grand que les deux autres: il avait de hauteur cent trente-deux pieds, et était chargé de caractères hiéroglyphiques qui contenaient des éloges de Ramessès[94]. Les flatteurs, pour donner à Constance quelque avantage sur Auguste, lui persuadaient que la difficulté du transport avait empêché ce prince de l'entreprendre. Mais en effet, c'était par un sentiment de religion qu'Auguste avait laissé cet obélisque dans le temple du soleil, auquel il était consacré. Constantin, qui n'était pas retenu par le même scrupule, avait donné ordre de l'enlever: il le destinait à l'embellissement de sa nouvelle ville. On le transporta par le Nil à Alexandrie, où il resta couché sur terre en attendant qu'on eût construit un vaisseau propre à porter une masse si prodigieuse: ce vaisseau devait être monté de trois cents rameurs. Constantin étant mort avant que ce dessein fût exécuté, Constance changea la destination de l'obélisque, et le fit venir à Rome par mer et par le Tibre. On ne put le faire remonter que jusqu'à trois milles de la ville[95]. De là il fallut le conduire sur des traîneaux jusqu'au milieu du grand cirque, où l'on vint à bout de le dresser à force de machines. On plaça sur la pointe une boule de bronze doré; et lorsqu'elle eut été peu après abattue d'un coup de foudre, on mit à la place des flammes de même métal. C'est le même obélisque que Sixte V a fait rétablir et dresser dans la place de Saint-Jean-de-Latran[96].

[94] Il paraît qu'il y a confusion ici. Lebeau n'a pas bien entendu ce que dit Ammien Marcellin au sujet de l'obélisque égyptien élevé par Constance. Cet auteur ne dit rien sur ce que pouvaient contenir les inscriptions hiéroglyphiques, placées sur ce monument; mais il donne l'interprétation grecque dont nous n'avons plus qu'une portion, faite par un certain Hermapion, des légendes égyptiennes, inscrites sur l'ancien obélisque du Cirque. Notarum textus obelisco incisus est veteri, quem videmus in Circo. C'est sur cet obélisque que se trouvent les louanges du roi Ramessès ou Sésostris le Grand. On ignore si l'obélisque, dont nous avons en partie la traduction, est un de ceux dont Rome est décorée, ou s'il est encore enfoui sous les ruines de cette ville. Voyez ce que j'ai dit à ce sujet dans la Biographie universelle, art. Ramessès, tome XXXVII.—S.-M.

[95] Dans un lieu nommé le bourg d'Alexandre, vicus Alexandri, à trois milles de Rome, tertio lapide ab Urbe. Il entra par la porte d'Ostie, et traversa la grande piscine pour arriver au grand cirque.—S.-M.

[96] Il n'est pas bien certain que ce soit là le monument qui fut élevé par les ordres de Constance. D'autres pensent que c'est celui de la porte du peuple, désigné sous le nom de Flaminien. Quoi qu'il en soit sur ce point, toujours est-il que l'obélisque de S. Jean de Latran fut érigé pour la première fois en Égypte par Thethmosis, le septième des rois de la dix-huitième des dynasties Égyptiennes, dont le règne remonte à l'an 1676 avant J.-C.—S.-M.

XXVIII. Conduite de Constance à Rome.

Amm. l. 16, c. 10.

Themist. or. 3, p. 41 et 44, et or. 4, p. 50, 53 et 54.

Symm. l. 10, ep. 54.

[Ambros. epist. 18, t. 2, p. 841.]

Idat. chron.