Chron. Alex. vel Pasch. p. 299.

Joan. Ant. Till. Jovien, art. 4.

Dès le lendemain Binésès, chargé par Sapor de recevoir les places que Jovien devait céder, entra dans Nisibe avec la permission de l'empereur, et arbora sur la citadelle l'étendard de la Perse[365]. On signifia aussitôt aux habitants qu'ils eussent à sortir de la ville. Cet ordre affligeant porta de toutes parts l'alarme et le désespoir. Les uns du haut de leurs tours et de leurs murailles tendaient les bras vers le camp des Romains; la plupart sortant en foule coururent vers l'empereur; et les mains jointes, prosternés à ses pieds, ils le conjuraient avec larmes de ne les pas arracher du sein de leur patrie. L'empereur, sensible à ces cris, mais inébranlable dans la résolution de tenir sa parole, répondit avec tristesse, qu'il ne pouvait contenter leurs désirs sans se rendre coupable d'un parjure.

[365] Selon la chronique de Malala, (part. 2, p. 27), et selon celle d'Alexandrie, p. 299, ce fut le satrape Junius, dont il a déja été parlé ci-devant, p. 159, note 2, l. XV, § 9, qui prit possession de la ville au nom du roi de Perse. Comme Junius avait déja été employé dans les négociations qui avaient amené la cession de Nisibe, il ne serait pas étonnant qu'il eût été l'un des trois seigneurs, qui, selon Ammien Marcellin (l. 25, c. 7), accompagnèrent Binésès. Celui-ci pouvait alors l'avoir chargé spécialement de la réception de Nisibe.—S.-M.

XVII.

Discours de Sabinus.

Alors, Sabinus, distingué entre les habitants par sa naissance et par sa fortune[366], élevant sa voix: «Prince, dit-il, écoutez les dernières paroles de Nisibe. Constance plusieurs fois vaincu par les Perses, réduit dans sa fuite à recevoir de la main d'une pauvre femme un morceau de pain pour conserver sa vie[367], n'a pourtant jusqu'à sa mort rien cédé aux ennemis. Trois fois il a vu Nisibe assiégée et prête à succomber sous la puissance de Sapor: trois fois il l'a vue sauvée. Jovien invincible abandonnera-t-il, dès les premiers jours de son règne, le plus ferme rempart qui puisse couvrir ses provinces? Est-ce là ce que l'empire doit à Nisibe, pour lui avoir servi de barrière depuis si long-temps? Faudra-t-il qu'un peuple accoutumé aux lois romaines, aussi romain que les habitants de la capitale de l'empire, prenne les mœurs et les coutumes des barbares? Jour funeste, et tel que Rome n'en a jamais vu depuis qu'elle subsiste! Quelques empereurs ont resserré les bornes de leur domination; ils ont abandonné des provinces; mais c'était un abandon volontaire et politique; ils n'en ont pris la loi que d'eux-mêmes: ils ne les ont pas cédées à leurs ennemis. Si vous craignez que la défense de notre ville ne vous coûte trop de sang et de dépenses, laissez Nisibe à elle-même: seule, sans autre secours que celui du ciel et le courage de ses habitants, elle saura se conserver, comme elle a déja fait plus d'une fois. Nous ne vous demandons que la permission de nous défendre: nous la recevrons comme une grace, qui vous assurera pour jamais notre obéissance et notre fidélité».

[366] Sabinus fortunâ et genere inter municipes clarus. Amm. Marc. l. 25, c. 9. Selon Zosime (l. 3, c. 33), il était président du sénat de Nisibe, τοῦ βουλευτικοῦ προεστὼς καταλόγου. La chronique de Malala (part. 2, p. 27), et celle d'Alexandrie, p. 300, rapportent qu'il prenait le titre de comte, et qu'il était le chef politique de la ville, κόμης τῇ ἀξίᾳ, καὶ πολιτευόμενος τῆς πολεως. Cette dernière indication est conforme à ce que nous apprend Zosime. Il faut seulement remarquer que dans ces deux ouvrages Sabinus est nommé Silvanus, parce que sans doute il a été confondu avec l'avocat de ce nom, qui dans la même occasion avait adressé de vifs reproches à Jovien.—S.-M.

[367] Constantium immani crudescente bellorum materiâ superatum a Persis interdum, deductumque postremὸ per fugam cum paucis ad Hibitam stationem intutam, panis frusto vixisse precario, ab anu quadam agresti porrecto, nihil tamen ad diem perdidisse supremum. Amm. Marc. l. 25, c. 9. L'orateur fait ici allusion aux malheurs éprouvés par Constance après la désastreuse bataille de Singara, voyez ci-devant, t. I, p. 455, l. VI, § 49. Hibita, dont il est question dans le passage d'Ammien Marcellin, paraît être un lieu situé à 18 milles de Nisibe, et relaté sur la table de Peutinger.—S.-M.

XVIII.