Ce premier succès fut suivi de plusieurs autres. Pendant que Procope agissait en Asie, le tribun Rumitalcas[477] méditait à Constantinople une entreprise hardie. C'était un Thrace plein de valeur, qui s'était donné au tyran, et qui en avait reçu pour récompense la charge de maître du palais[478]. Ne pouvant rester oisif, il communiqua son dessein à quelques-uns des soldats qu'on avait laissés à Constantinople, et les ayant fait passer par mer à Drépanum, nommée alors Hélénopolis, il courut à Nicée, et s'en empara. Pour recouvrer cette place importante, Valens détacha Vadomaire avec un corps de troupes, et le chargea du soin de ce siége. Vadomaire était ce roi des Allemans[479], que Julien avait fait enlever et conduire en Espagne. Les nouveaux empereurs l'avaient rappelé de cet exil; il s'était attaché à Valens, qu'il servit toujours avec courage et fidélité. Valens, de son côté, ayant passé par Nicomédie[480], vint attaquer Chalcédoine dont Procope était maître: il y trouva une vive résistance. Les habitants l'insultaient du haut des murs, en l'appelant buveur de bière[481]; c'était la boisson du petit peuple en Illyrie et en Pannonie. L'empereur jura qu'il s'en vengerait, et qu'il raserait les murs de la ville. Cependant rebuté par le défaut de subsistance et par l'opiniâtreté des assiégés, il se disposait à la retraite, lorsque les troupes enfermées dans Nicée, sortant tout à coup à la suite de Rumitalcas, taillent en pièces le détachement de Vadomaire, et vont sans perdre de temps tomber à l'improviste sur Valens qui était encore devant Chalcédoine. Il était perdu sans ressource, s'il n'eût pas été averti à propos. L'ennemi le suivit de près, et il n'échappa qu'avec peine à la faveur du lac Sunon[482] et des détours du fleuve Gallus: par cette fuite précipitée toute la Bythinie resta au pouvoir de Procope.
[477] Ce nom est le même que celui de Rhémétalcès, qui, ainsi que nous l'apprenons des auteurs anciens et des médailles, fut porté par plusieurs rois de la Thrace et du Bosphore Cimmérien. On voit que ce nom prononcé un peu différemment selon les divers dialectes, était particulier aux Thraces. On peut au sujet de ces princes consulter les articles que je leur ai consacrés dans la Biographie moderne de Michaud, t. 37, p. 462.—S.-M.
[478] Susceptâ curâ palatii. Ammien Marcell. l. 26, c. 8. Il aurait été appelé quelques siècles plus tard Curopalate.—S.-M.
[479] Ex duce et rege Alamannorum. Amm. Marcell. l. 26, c. 8.—S.-M.
[480] Valens était devant cette place le 1er décembre, comme on le voit par une loi datée de ce jour.—S.-M.
[481] Sabaiarius, du nom d'une boisson appelée Sabaia, faite d'orge ou de froment, et qui était ordinairement la boisson des pauvres en Pannonie. Est autem Sabaia ex hordeo vel frumento in liquorem conversis paupertinus in Illyrico potus. Amm. Marcell. l. 26, c. 8. Cette indication est confirmée par un passage de S. Jérôme (in Esaiam, cap. 19, t. 4, p. 292), qui dit Ζύθον, quod genus est potionis ...... vulgò in Dalmatiæ Pannoniæque provinciis, gentili barbaroque sermone appellatur Sabaium.—S.-M.
[482] Per Sunonensem lacum. Amm. Marc. l. 26, c. 8. Ce lac est appelé actuellement Sapandjeh, du nom d'un petit endroit situé sur ses bords. Il portait dans le moyen âge le nom de Sophon. On voit sans peine le rapport qui existe entre ces diverses dénominations.—S.-M.
XXXIX.
Arinthée se fait livrer un des généraux de Procope.
Amm. l. 26, c. 8.