JULIEN.
An 362.
I.
Conduite de Julien à l'égard de ses ennemis.
Amm. l. 22, c. 9 et 11 et ibi Vales.
[Liban. or. 8, t. 2, p. 246.]
Suid. in Σαλόυστιος.
La vanité de Julien était le ressort de ses vertus. C'est par là qu'on peut expliquer les contrariétés de sa conduite: tantôt une clémence qui semble héroïque; tantôt une rigueur implacable. Il préférait l'honneur de pardonner à la sombre satisfaction de la vengeance; mais sa générosité n'était pas entière, il voulait en être payé par la gloire; et s'il pardonnait avec éclat, il se vengeait aussi sans miséricorde, lorsque la circonstance ne lui semblait pas assez heureuse pour faire admirer sa grandeur d'ame. Le premier jour de son arrivée à Antioche, un officier[1], nommé Thalassius, qui avait contribué au désastre de Gallus, s'étant présenté avec les principaux[2] de la ville pour saluer l'empereur, Julien lui fit refuser l'entrée. Quelques citoyens, qui étaient en procès avec cet officier, vinrent dès le lendemain, en grande compagnie, porter leurs plaintes à l'empereur: Thalassius, s'écrièrent-ils, l'ennemi de votre majesté, est aussi le nôtre; il nous a ravi nos biens. Julien reconnut aisément qu'ils voulaient profiter de la disgrace de leur adversaire: Il est vrai, répondit-il, qu'il m'a sensiblement offensé: attendez donc, pour demander justice, que je sois satisfait moi-même; je mérite quelque préférence. Il ordonna en même temps au préfet de ne les point écouter, qu'il n'eût rendu ses bonnes graces à Thalassius: ce qu'il ne tarda pas à faire[3]. Mais tous ceux dont il avait à se plaindre n'éprouvèrent pas la même indulgence. Le secrétaire Gaudentius, qui, par l'ordre du défunt empereur, avait empêché les troupes de Julien de passer en Afrique, et Julien autrefois vicaire des préfets, à qui l'on ne pouvait reprocher que son zèle pour le service de son prince, furent conduits à Antioche et condamnés à mort. Le fils du général Marcellus[4], soupçonné d'aspirer à l'empire, fut exécuté publiquement. Marcellus, son père, tremblait dans sa retraite; il se souvenait des mauvais services qu'il avait rendus à Julien César, et la mort de son fils semblait lui annoncer la sienne. Il fut heureux d'avoir offensé Julien d'une manière éclatante: l'empereur se fit un mérite de l'épargner, parce que tout l'empire savait que Marcellus ne méritait point de pardon; il affecta même de le traiter avec honneur. Romain et Vincent, capitaines des gardes[5], convaincus d'avoir formé des projets trop ambitieux, ne furent condamnés qu'au bannissement.
[1] Ex proximo libellorum.—S.-M.
[2] Honorati.—S.-M.