Niceph. Call. l. 10, c. 32 et 33.
Cedr. t. 1, p. 307.
Rabbi Gedaliah apud Wagensel. tela ignea Satanæ.
Warburton, dissertation sur ce prodige.
Mais tandis qu'il se préparait à cette guerre, il en projetait une autre qui ne devait pas être moins sanglante. Ceux qui participaient à ses conseils ne cessaient de dire d'un ton menaçant que Julien avait deux sortes d'ennemis, les chrétiens et les Perses; qu'après s'être débarrassé des Perses, comme des moins redoutables; il tournerait contre les chrétiens toute la puissance de l'empire. Ayant donc résolu d'anéantir le christianisme, il voulut d'avance le confondre. Il crut en avoir entre les mains un moyen sûr et facile. Instruit des divines écritures qu'il avait étudiées dans sa jeunesse, il y avait vu les Juifs condamnés à vivre sans patrie, sans gouvernement, sans temple, sans sacrifices. Rassembler cette nation dispersée et relever le temple de Jérusalem, c'était casser l'arrêt que Dieu même avait prononcé. Julien lisait cet arrêt gravé sur le front de la nation juive, destinée à porter par tout l'univers, avec son crime et sa sentence, les titres fondamentaux du christianisme, auquel elle sert contre elle-même de témoin irréprochable. Il enlevait par ce moyen à la religion chrétienne un miracle toujours subsistant dans un peuple, qui, mêlé avec tous les peuples du monde, sans jamais se confondre avec eux, immortel quoique ses membres soient séparés et épars sur la face de la terre, voit s'abîmer successivement toutes les nations au travers desquelles il passe, sans être entraîné dans leur chute. Il ne doutait pas de l'empressement des Juifs à seconder son dessein. Ils avaient déjà deux fois tenté de rebâtir le temple de Jérusalem: la politique d'Hadrien et la piété de Constantin s'y étaient opposées. Mais ici la superstition et la politique, agissant de concert avec le pouvoir impérial, semblaient rendre le succès infaillible. La vanité de Julien et sa haine contre Constantin étaient encore deux puissants motifs: il rendait son nom immortel[67], et il goûtait le plaisir d'exécuter une entreprise que Constantin avait traversée. Ce n'était pas qu'il aimât les Juifs: il est vrai que leur animosité contre les chrétiens et leur goût pour les sacrifices s'accordaient avec les inclinations de Julien; mais il les méprisait; et après s'être servi d'eux pour démentir les Écritures, il espérait sans doute réussir à changer l'objet de leur culte, et à les entraîner à l'idolâtrie, où leurs ancêtres étaient tombés tant de fois.
[67] Imperii sui memoriam magnitudine operum gestiens propagare. Amm. Marc., l. 23, c. 1.—S.-M.
XXXIV.
Insolence des Juifs.
Dès le commencement de son règne, il les avait distingués des chrétiens, par des marques de bienveillance. On lit entre ses ouvrages un édit adressé à la communauté des Juifs: cette pièce, malgré les soupçons de quelques savants, nous paraît authentique[68]. Le prince y décharge les Juifs des tributs exigés par leur patriarche; il les exhorte à prier leur Dieu pour la prospérité de son empire; il leur promet de rétablir à son retour de Perse la ville de Jérusalem, dans son ancienne splendeur, et d'y venir adorer avec eux le Dieu créateur[69], auquel il reconnaît qu'il doit sa couronne. Cette nation couverte d'opprobres depuis trois siècles crut avoir trouvé dans Julien un libérateur et un nouveau Cyrus. Fière de ses témoignages de faveur, elle y répondit par des actions de violence contre les chrétiens. Les Juifs brûlèrent plusieurs églises à Alexandrie, à Damas et dans les autres villes de Syrie.
[68] Julien y parle de leur patriarche Jule, qu'il appelle son frère et un homme très-respectable, τὸν ἀδελφὸν Ἴουλον τὸν αἰδεσιμώτατον πατριάρχην. Ce pontife est nommé Hillel par les écrivains juifs. Ces patriarches, qui exerçaient une autorité spirituelle, et à quelques égards civile, sur leurs coréligionaires, résidaient dans la ville de Tibériade. Ils furent supprimés par le gouvernement romain en l'an 429, sous Théodose le jeune. Voyez, sur leurs droits et prérogatives, l'Histoire des Juifs par Basnage, liv. III, ch. 2-5.—S.-M.