Prodiges qui arrêtent l'entreprise.

En effet les fondements de l'ancien temple étaient déjà démolis. Tout semblait répondre du succès: on allait voir qui devait avoir le démenti ou du Dieu des chrétiens, ou de ceux de Julien; lorsque sur le soir un vent impétueux, s'étant élevé tout à coup, emporte les amas de plâtre, de chaux, de ciment, comble les fouilles en y rejetant les terres, disperse et dissipe les matériaux. La nuit étant venue, la terre tremble avec d'horribles mugissements; les maisons voisines s'écroulent; un portique, sous lequel s'était retiré un grand nombre d'ouvriers, tombe avec fracas: les uns restent ensevelis sous les ruines; les autres s'échappent, mais meurtris et estropiés; d'autres courent en foule se réfugier dans une église voisine comme dans un asyle; il en sort une flamme qui étouffe une partie de ces malheureux, et qui laisse sur le corps des autres des traces ineffaçables de la colère divine. L'air est embrasé d'éclairs; les coups redoublés de la foudre tuent les hommes, calcinent les pierres, mettent en fusion les outils de fer dont la place était jonchée. Les ouvrages étaient ruinés, mais l'opiniâtreté des Juifs n'était pas vaincue. Après les horreurs de cette nuit, ils remettent la main à l'œuvre. Alors la terre se soulevant par de nouvelles secousses ouvre ses entrailles; elle lance des tourbillons de flamme; elle repousse sur les ouvriers les pierres qu'ils s'efforcent d'établir dans son sein; ils périssent ou dévorés par les feux, ou écrasés sous les pierres. Ce terrible phénomène se renouvela à plusieurs reprises; et ce qui montre évidemment l'action d'une intelligence qui commande à la nature, c'est que l'éruption du feu recommença autant de fois que les ouvriers reprirent le travail, et ne cessa tout-à-fait que quand ils l'eurent entièrement abandonné.

XXXVIII.

Croix lumineuses.

Dieu développait sa puissance. Jamais la nature ne rassembla tant de météores pour produire un effet unique. On vit dans le ciel pendant la seconde nuit et le jour suivant une croix éclatante renfermée dans un cercle de lumière. Les habits et les membres mêmes des spectateurs se trouvèrent au point du jour semés de croix qui semblaient avoir été gravées par l'impression des flammes. Tant de merveilles frappèrent d'étonnement les Juifs, les païens et l'empereur même. Un grand nombre de Juifs se convertit. Julien qui ne croyait que les fables, aveugle au milieu de la plus vive lumière, fut effrayé sans être éclairé: il renonça à l'entreprise.

XXXIX.

Preuves de ce miracle.

Ce miracle se passa aux yeux de l'univers; et la Providence en a perpétué la mémoire par des témoignages authentiques que nul des païens n'a osé démentir. Saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostôme, contemporains de cet événement, en ont développé toutes les circonstances. Saint Ambroise qui vivait dans le même temps en prend avantage, comme d'un fait incontestable, pour détourner le grand Théodose de rétablir un temple des païens. Mais ce qui doit fermer la bouche à l'incrédulité, c'est l'autorité des ennemis du christianisme. Ammien Marcellin, qui était alors à la cour, atteste la vérité de ce prodige[72]. Julien lui-même avoue qu'il a voulu rebâtir ce temple; et s'il s'abstient de parler des obstacles que le ciel et la terre opposèrent à son dessein, son silence est suppléé par un auteur qui n'est pas d'un moindre poids, parce qu'il n'était pas moins intéressé à cacher la vérité. Un fameux rabbin qui écrivait dans le siècle suivant, rapporte le fait; et ce qui doit être d'une grande considération, il le rapporte d'après les annales de la nation juive[73]. De nos jours un protestant célèbre[74] a recueilli tous ces témoignages, et il en a fait sentir la force dans un ouvrage solide et lumineux[75].

[72] Quum itaque rei idem fortiter instaret Alypius, juvaretque provinciæ rector metuendi globi flammarum prope fundamenta crebris assultibus erumpentes, fecere locum exustis aliquoties operantibus inaccessum: hocque modὸ elemento destinatius repellente, cessavit inceptum. Amm. Marc., l. 23, c. 1.—S.-M.

[73] Voyez à ce sujet l'Histoire des Juifs de Basnage, l. 8, c. 5.—S.-M.